Un exemple de ce marché en progression : Sur le site « L’énergie de réussir », vous pouvez vous offrir une « coach certifiée, mère de 3 fils (17, 24, 32 ans). Les 2 aînés ont fait des études brillantes et gagnent leur vie aujourd'hui dans un travail qui les intéresse… Le plus jeune est en terminale et parmi les premiers de sa classe. » Quelle efficacité en effet, puisque non seulement cette « master coach » va aider à l’orientation des jeunes mais elle va de plus leur permettre de réussir leurs études.

Headways propose pour 390 euros au travers d'une « méthodologie de questionnement, d’aider l'étudiant à trouver lui-même les réponses aux questions qui freinent le développement de son potentiel et handicapent sa réussite scolaire. » Impressionnant, non !

La société Euro-France (Canalorientation.TV) propose le CIO de l’établissement à domicile, ni plus ni moins. Cette entreprise dit avoir reçu le soutien du Ministère Délégué à l’Emploi, au Travail et à l’insertion professionnelle des jeunes.

Certains vont beaucoup plus loin. Mondial Assistance assure un service d’orientation et s’est adjoint les « services complémentaires » du Crédit Mutuel.

Si vous voulez en savoir plus, sachez qu’à la fin de l’été dernier le journal L’humanité a fait un petit tour d’horizon de ces officines privées.

Mais pour quelle raison, ces services privés trouvent-ils un écho favorable auprès du public ? Et bien tout d’abord, certains n’hésitent pas à jouer sur la peur du chômage et à assurer la bonne orientation qui garantit l’emploi. Or chacun sait qu’on peut calculer des débouchés à court terme mais qu’il est impossible de faire des prévisions sérieuses pour le moment où le jeune aura terminé ses études. On ne peut avancer que des tendances.

Le secteur privé a su par ailleurs exploiter les fragilités du modèle public. Alors que certaines officines privées ont su créer des équipes pluri-disciplinaires, le secteur public continue à rejeter tout rapprochement. Le cloisonnement des dispositifs est la règle.

Au sein de l’éducation nationale, la collaboration avec d’autres réseaux comme celui de l’Information Jeunesse ou des missions locales n’a jamais été vraiment recherché. Pourtant l’approche des professionnels qui travaillent dans ces institutions pourrait compléter fort utilement celle des conseillers d’orientation psychologues. Mais l’administration préfère rester dans son isolement !

Qu’il existe un marché privé de l’orientation scolaire n’a en soi rien de choquant. Il existe bien des écoles privées à coté de celles du secteur public et personne n’y trouve à redire.

Ce qui est choquant, c’est que le service gratuit de l’information-orientation ne soit plus correctement assuré. La dramatique insuffisance des personnels chargés de l’information et de l’orientation est criante au sein des établissements scolaires. Faute de budget, les publications du secteur public sont ouvertes à la publicité et beaucoup deviennent payantes. Quelle indépendance reste-t-il à un éditeur public lorsqu’il sait que sans ses partenaires financiers, il ne peut plus assurer sa diffusion ? On ne peut nier l’influence d’une publicité pour une école privée au sein d’une liste d’adresses dans un document d’information.

Confusion ! Tout cela favorise en effet l’amalgame dans l’esprit du public. Une journaliste du monde ne déclarait-elle pas : « Mais si l’ONISEP et l’Etudiant délivrent une information succincte gratuite, la plupart de leurs guides sont payants, contrairement à Studyrama (organisme privé). » Il est tout de même regrettable que cette journaliste ait oublié que l’ONISEP diffuse chaque année une brochure d’information à tous les élèves de sixième, troisième et terminale et met sur son site Internet un grand nombre de fichiers PDF, prêts à imprimer. Et si des organismes comme le Cidj et l'Onisep ont du mal à diffuser davantage de documents gratuits, la faute à qui ?

Une réforme courageuse construite sur une réflexion collective de tous les acteurs doit bousculer un monde de l’information-orientation devenu immobile et ancré sur des positions de principe stériles. Sans cette réforme, on peut craindre que la population, qui ne dispose pas des moyens nécessaires ou ne souhaitent pas les y consacrer, supporte les conséquences d’erreurs d’orientation. En cas d’échec dans une section, le jeune, qui méconnaît les passerelles entre les différentes filières de formation, se démotive et hypothèque son avenir.

Le secteur privé offre-il de meilleures prestations que le secteur public ? Non, mais le secteur privé évolue et se prépare à la réalité de demain, lui !