Premier constat, la mobilité descendante dépasse largement celle ascendante : respectivement 21,4 % des sortants de l’ANPE contre 12,5 %. La succession d’emplois précaires ne permet pas d’enclencher une trajectoire de mobilité ascendante. L’emploi à tout prix n’est donc pas forcément une voie satisfaisante de sortie du chômage.

Tous profils confondus, les reprises d’emploi ne se font sous forme de CDI qu’une fois sur trois environ (32 %). Mais le fait d’être embauché en CDI ou en CDD n’apparaît pas comme particulièrement déclassant.

Les plus forts pourcentages de déclassement sont observés chez les cadres et les professions intermédiaires. Il est beaucoup plus probable de perdre son statut cadre si on n’est pas diplômé du supérieur, au chômage de longue durée et si l’on est une femme. Les cadres ont à peine une chance sur deux de rester dans ce groupe à la sortie du chômage. Une part non négligeable d’entre eux se met à son compte. Ce choix peut traduire une stratégie de sortie du chômage, si la recherche d’emploi salarié a échoué.

Certains demandeurs d’emploi se trouvent exclus du marché du travail. En effet, des personnes qualifiées se reportent vers des emplois non qualifiés, entraînant du déclassement pour les premiers et des risques d’exclusion du marché du travail pour les seconds.

Pour les autodidactes ou les personnes faiblement diplômées, les compétences qu’ils ont acquises s’avèrent peu transférables et résistent mal à l’épreuve du chômage.

Paradoxalement, deux groupes sont moins pénalisés par une période de chômage : les jeunes et les séniors. Pour les jeunes, les emplois non qualifiés peuvent s’inscrire dans une dynamique d’insertion, surtout pour les diplômés.

A l’autre extrémité du segment, les taux de déclassement des personnes de plus de 50 ans sont assez faibles, car elles accèdent aux contrats aidés plus souvent que les autres. Ces contrats sont généralement moins déclassants.

Cependant, les difficultés de sortie du chômage s’accroissent avec l’âge, particulièrement pour les salariés qualifiés. Avec l’allongement de la durée du chômage, les demandeurs ont tendance à baisser leurs exigences.

30 % des chômeurs déclarent que l’emploi retrouvé ne correspond pas à l’emploi recherché et environ 40 % des jeunes acceptent des métiers qui ne leur conviennent pas pour sortir du chômage.

Seulement 8 % des personnes s’estimant déclassées envisagent de changer d’emploi, ce qui pourrait attester d’un phénomène de découragement ou d’une acceptation de cette situation compte tenu des contraintes sur le marché du travail.

Le chômage entraîne vers des emplois de moindre qualité : 22% des anciens chômeurs ont accepté un emploi avec une durée du travail fluctuante, plus du tiers d’entre eux subissent des horaires variables d’un jour à l’autre, beaucoup retrouvent un emploi à temps partiel.

Une personne sur trois (35 %) ayant repris un emploi se déclare insatisfaite de sa situation. Le refus d’un CDD, d’une mission d’intérim ou d’un temps partiel s’avère très rare. Cette étude contredit l’idée très répandue d’une population non qualifiée qui se ferme les portes de l’emploi par son refus de bouger.

Au moment où on déplore autant de sorties des jeunes du système scolaire sans qualification, on s’aperçoit que le chômage contribue à la déqualification massive des individus. On parle de Validation des acquis de l’expérience (VAE), mais on constate que ces acquis peuvent ne plus être pris en compte suite à une période de chômage.

Alors que depuis plusieurs mois, la question de l’orientation scolaire des jeunes et de son « manque d’efficacité » est posée de façon récurrente, on peut s’étonner que pour les adultes, les périodes de chômage ne soient pas exploitées pour entamer une requalification ou une adaptation au marché de l’emploi.

Dans une compétition internationale où la qualification joue un rôle essentiel, on peut espérer que le législateur ne contribuera pas à déqualifier les chômeurs en les contraignant à accepter davantage encore des emplois ne correspondant pas à leur qualification.