nonmais.jpgOn sait qu’une partie de la population n’a pas accès à Internet faute de moyens financiers suffisants, faute d’une aisance suffisante avec l’outil ou parce ces personnes se considèrent comme trop âgées. Mais en dehors de ces obstacles, il existe aussi une population qui est simplement hostile à Internet.

L’étude à laquelle il est fait référence ici est extraite d’une thèse de Feirouz Boudokhane. L’étude porte sur un échantillon de 15 personnes qui déclarent refuser Internet. Bien évidemment cette étude n’est en rien représentative sur le plan national mais elle donne des pistes de réflexion.

Les personnes interrogées l’ont été lors d’entretiens semi-directifs effectués dans la région de Bordeaux entre décembre 2005 et janvier 2006. Aucun jeune (moins de 26 ans) n’a été questionné mais on trouve 4 personnes entre 26 et 35 ans, 6 entre 36 et 45 ans, 2 entre 46 et 55 ans, 3 qui ont plus de 56 ans.

Les réfractaires ressentent Internet comme incompatible avec leur mode de vie et leurs valeurs traditionnelles. C’est le refus du changement qui apparaît ici le plus fort. Beaucoup revendiquent le contact direct et ont du mal à s’investir dans la communication virtuelle.

Certains évoquent Internet comme un « outil froid », perçu comme un dispositif qui crée des relations artificielles et masquées. Ils assimilent cette technologie à une drogue et considèrent que cet outil est synonyme de renfermement sur soi. Internet est perçu comme un outil qui rend les gens fainéants.

Leur refus d’Internet n’est pas une souffrance mais un choix. Internet représente pour ces réfractaires un risque pour la culture, une banalisation de celle-ci qui leur semble dommageable. Internet apparaît comme un outil qui ne favorise pas la réflexion. Le manque d’absolu dans l’outil Internet, une impression d’errance qui génère sans doute de l’insatisfaction. Pour expliquer l’état d’esprit de ces réfractaires, l’étude reprend des propos de Jacques Attali : « il ne faudrait pas parler d’autoroutes de l’information mais plutôt de labyrinthes…, le réseau se compose de mille chemins qui souvent se terminent en impasses. »

Certains refusent Internet car ils le perçoivent comme un moyen qui permet à l’Etat de mieux cerner et contrôler la population, qui permet la domination d’une certaine culture : celle des Américains, un outil miraculeux pour détourner les regards des malheurs qui envahissent la société.

En fait, on peut constater au travers de cette étude, un refus profondément ancré de l’Internet chez ces réfractaires. Peut-on imaginer que ce refus s’estompera avec le temps ou qu’au contraire, il restera le fait d’une minorité active ? Il faudra tôt ou tard étudier cette question.