Journaux.jpg Lorsque l’information était rare, elle avait une valeur. Même si elle s’avérait approximative, parfois fausse parce que trop peu mise à jour. Aujourd’hui, l’information est partout, elle se propage à la vitesse de l’internet et des téléphones mobiles. Pourtant, les moyens qu’on accorde à la collecte d’information, à sa vérification et à son actualisation sont souvent en diminution.

Il est vrai que l’information est abondante

Prenons l’exemple de la presse écrite. Les moyens consacrés à la collecte de l’information, notamment pour des dossiers approfondis, les envois de reporters pour des grands reportages, se réduisent. Le travail de journaliste est de plus en plus limité à un travail de réécriture de communiqués et des dépêches d’agences. Les modèles économiques qui permettaient à la presse de vivre sont de moins en moins pertinents. Inéluctablement, lorsque les recettes diminuent, la recherche d’économies s’ensuit.

Pour économiser les coûts d’une recherche d’informations pertinentes, certains ont l’idée de s’appuyer sur le flux de « conversations » non structurées qui circule abondamment sur Internet. Des millions de journalistes qui s’ignorent fourniraient la matière dont a besoin la presse pour informer. Dans un billet récent, Cédric Motte proposait que ce soit une agence de presse qui rachète Twitter. Pour ceux qui ne le sauraient pas, Twitter peut être comparé à un système de messagerie instantanée, type Skype ou Msn. Twitter diffuse plusieurs millions de messages par jour. Il y a là beaucoup d’informations disponibles, informations d’autant plus intéressantes que certaines sont diffusées par ceux qui sont témoins de l’actualité. Mais il faut trier dans cette masse d’informations, certes gratuites, la bonne information au milieu de millions de propos pas forcément exacts, pas forcément qualifiés, pas forcément vérifiés. C’est parce qu’on vérifie de moins en moins l’information diffusée qu’on a annoncé avant l’heure la mort de Pascal Sevran !

Puisque l’information est abondante, il ne serait plus nécessaire de la vérifier

Le site bakchich.info a diffusé dernièrement une note de la rédaction en chef du bureau parisien de Reuters. Cette note préconiserait, dans le cas où, par manque d’effectif, il serait impossible d’envoyer un reporter sur le lieu d’un « incident majeur », de citer un « média crédible » (France Info, Europe 1, etc.) dans une courte dépêche, sans perdre du temps à vérifier l’info. Que cette note soit vraie ou fausse, on peut imaginer que la tentation de procéder ainsi est forte et pas seulement pour Reuters.

L’information, celle qui sert au quotidien, celle qui permet de s’engager, de faire des choix dans sa vie, mérite des efforts, une stratégie, des objectifs. L’information de qualité est difficile à produire si on veut qu’elle soit vraiment accessible à tous dans une société qui se complexifie sans cesse. Mieux informer le public pour lui permettre d’être acteur de ses choix n’est pas accessoire.