FlickrEn janvier dernier Martin Hirsch devenait Haut commissaire à la jeunesse. Dès mon premier billet consacré à sa nomination, je me demandais si Martin Hirsch, au vu de son parcours, ne réduirait pas la jeunesse au seul public des jeunes en situation d’échec. Il s’en défendait dès sa prise de fonction : « Ma mission n’est pas de traiter les jeunes comme un problème mais comme un atout. »

Certes, depuis quelques mois, les jeunes connaissent de plus grandes difficultés à s’insérer dans le monde du travail et on ne peut que regretter leur impossibilité chronique à se loger à un tarif abordable. Mais n’est-il pas dangereux de considérer les jeunes sous le seul angle de ceux qui connaissent les plus grandes difficultés d’insertion sociale et professionnelle et de ne pas s’occuper des autres ? Par un communiqué de presse du 10 avril 2009, Martin Hirsh annonce un appel à projets du fonds d’expérimentation pour la jeunesse. La première session est dotée d’une enveloppe de 60 millions d’euros. Le texte rappelle que ce fonds, créé par la loi généralisant le RSA du 1er décembre 2008, et initialement prévu pour financer des programmes visant l’insertion des jeunes de moins de 26 ans, a vu son champ d’application être élargi à l’ensemble des questions relatives à la jeunesse. Peut-on s’en réjouir ? Sans doute pas quand on voit les thèmes finançables et les publics effectivement soutenus.



Combien de postes de CDD cet été seront occupés par des stagiaires ?

Dans un article de libération.fr, on apprend qu’Arcelor Mittal a décidé de réduire de 1000 euros à 550 euros mensuels l’indemnisation de ses stagiaires longue durée – des ingénieurs - et de supprimer leur prime de fin de stage. Et encore ceux-là touchent plus que le minimum prévu par la loi ! Si on peut admettre que pour encourager l’employabilité de certains publics éloignés de l’emploi, on puisse aider les employeurs, comment imaginer qu’un ingénieur en fin de formation puisse coûter seulement 550 euros exonéré de charges. Comment encourager des jeunes (en difficulté ou pas) à poursuivre des études si on leur garantit… une telle précarité ?

Mais est-on certain de s’attaquer aux vraies questions ?

Un autre exemple ? L’Etat a mis en place le statut d’auto-entrepreneur, une possibilité laissée à chacun de devenir entrepreneur à moindre risque, sans perdre ses droits et son statut. Magnifique initiative que parait-il certains pays d’Europe commenceraient à nous envier. J’apprends par le blog de Xavier Coiffard (Ange Zanetti), demandeur d’emploi et auto-entrepreneur, que le Pôle emploi vient de lui annoncer qu’il conserverait bien ses droits mais que la règle avait changé : il ne touchera que 19 jours d’indemnisation chaque mois au lieu des 30 ou 31 habituels. On imagine la baisse de revenu ! Si ces revenus d’entrepreneur sont faibles, on régularisera… en fin d’année.

On peut espérer que Pôle emploi se soit trompé ou que les textes changent mais pour l’instant c’est ainsi. Quand on sait que ce sont les jeunes (et les seniors) qui sont le plus concernés par ce statut, on se dit que si tous les jeunes ne sont pas en difficulté, il faudrait tout de même ne pas s’ingénier à les y installer.