Photo Alain Bachellier A la veille de la manifestation sur « Les pratiques numériques des jeunes », il m’a semblé intéressant de reprendre ici quelques constats trouvés chez Mario Asselin, Jacques Cool et Cédric Motte. Dans les deux premiers billets, on parle de jeunes Québécois mais toutes ressemblances avec nos jeunes Français ne seraient absolument pas fortuites.

Mario Asselin constate que les jeunes s’informent principalement par le bouche-à-oreille. Ils obtiennent certains renseignements d’actualité par la télévision ou par la lecture d’articles sur Internet mais en fait ils s’informent peu. Je pense pour ma part qu’ils s’informent beaucoup mais leur façon de s’approprier l’information est empirique. En matière d’information aussi, la « zapette » est leur arme favorite. Ils butinent l’information.

Mario Asselin constate que la protection de la vie privée est très importante aux yeux des jeunes mais il ajoute : « Sauf que «vie privée» pour un ado, ça veut pas dire la même chose que pour un adulte. » Il suffit en effet de fréquenter les réseaux sociaux pour s’en assurer.

Il admet que les enjeux de société comme l’extrême pauvreté et le réchauffement climatique préoccupent bien peu les jeunes en dehors de l’univers scolaire mais ces jeunes n’ont pas l’impression que leurs parents soient beaucoup plus impliqués !

Jacques Cool remarque que le fossé numérique ne cesse de s’accroître entre élèves et adultes (parents et enseignants). Il constate qu’il y a aussi une grande hétérogénéité chez les « digital natives ». Il précise que les enfants de 11 ans ont cinq fois plus tendance à fréquenter les espaces virtuels que ceux de 17 ans.

Cédric Motte va plus loin. Il considère qu’après les « digital natives », on pourrait bien voir émerger une génération de « digital exclusives ». Il cite, pour exemple ce « garçon de 7 ans qui m’a demandé s'il existait des syllabes comptabilisant plus de 4 lettres. Devant ma moue dubitative, il a dit : bon, on regardera demain sur internet. On trouve tout sur Internet » ou cette petite fille de 3 ans qui demande à voir ses grands-parents. A l'écoute de l'expression "... dans plusieurs semaines" elle a répondu "on peut les voir dans l'ordinateur demain alors ?".

Jacques Cool constate les multiples freins que les jeunes vivent en terme d’usages des TIC et de leurs appareils électroniques.

Il insiste sur les différences que génèrent l’usage des TIC. Il indique : « si près de 50 % des jeunes disent que l'école les prépare bien au 21e siècle, cette proportion chute à 23 % lorsqu'on interroge les jeunes qui connaissent les technologies de façon avancée. »

Enfin, il constate l’émergence « d’apprenants agent libre ». Il conclut son propos ainsi : « Ces nouveaux apprenants se disent responsables de leur apprentissage puisqu'ils ne croient pas que l'école en est capable… Ces apprenants agents libres redéfinissent l'éducation de la prochaine génération, alors que la plupart des écoles ne savent même pas qu'ils existent ! »

Serons-nous bientôt capable d’entendre ce que nous disent ces jeunes et d’intégrer durablement le numérique dans nos pratiques ? Nous aurons sans doute l’occasion d’en reparler.