Photo Equinoxfr sur Flickr Vous avez peut-être lu ou entendu parler d’un article paru le 2 juin dans lemonde.fr. L’adresse Internet montre que cet article a eu un premier titre avant celui qu’il porte aujourd’hui (Orientation : « C’est du chacun pour soi, et tant pis pour ceux qui ne trouvent pas »). Il s’appelait au départ : « Heureusement que je n’ai pas écouté la conseillère d’orientation ». L’article est un article à charge, sans le moindre recul, constitué de 9 réactions d’internautes.

Fatigué des discours simplistes d’une presse en perpétuelle recherche d’audimat, je n’avais pas l’intention de réagir à cet article. D’autres l’on fait. Et mon attention a été attirée par un texte de Serge Bonacucina, Inspecteur de l’Education nationale Information orientation des Alpes-de-Haute-Provence. Le texte de cet inspecteur a bien évidemment pour objectif premier de défendre les conseillers d’orientation-psychologues et il n’a pas pour objet de parler de la problématique globale de l’information. Mais il rompt avec les discours simplistes que la presse nous sert régulièrement. J’ai trouvé son texte sur le forum ou-vont-les- cops.org

Serge Bonacucina pose des questions essentielles :

  • Que veut dire informer ?
  • Quand peut-on dire que le message a été entendu ? intégré ?
  • Qui peut le dire ?
  • Comment le mesurer ?

Des questions de bases que l’on étudie tous un jour et qui tournent autour d’un émetteur, d’un message, d’un récepteur et du feedbach indispensable pour vérifier que l’information a été entendue. Mais des questions qu’on a largement perdues de vue dans le débat politico-médiatique actuel. Il est vrai que si les personnels se sont finalement peu exprimés, on a largement donné la parole au public qui a bien évidemment témoigné avec ses émotions, ses angoisses, liées à la difficulté d’insertion dans le monde du travail.

Comment ne pas entendre Serge Bonacucina quand il précise : « … les jeunes ne fonctionnent pas à la manière d’un entonnoir dans lequel il suffirait de verser de l’information pour qu’elle soit immédiatement assimilée et qu’elle déclenche les bons réflexes. La psychologie sociale nous a enseigné que les individus au cours de leur histoire, individuelle et sociale, ont construit des systèmes de valeurs et de représentations qui vont fonctionner comme autant de filtres face à l’information, pour ne laisser passer que ce qui est audible ici et maintenant. »

L’entourage joue aussi comme un filtre. Et on sait fort bien et depuis longtemps que l’entourage familial et les pairs jouent un rôle aussi important dans la prise de décision que l’information diffusée par les organismes.

Oui, il faut réformer le secteur de l’information orientation. Mais même mieux structurée et plus efficace, une information de qualité ne garantira jamais l’emploi et un bon parcours professionnel. Ce n’est pas l’information qui crée l’emploi, ce n’est pas l’information qui assure l’adéquation entre l’offre et la demande, entre les désirs des jeunes et leur potentiel.

L’introduction de l’article du Monde regrette que « les conseillers soient souvent incapables de diriger les élèves vers les bonnes filières » Mais que sont ces bonnes filières… et pour qui… et avec quelle certitude peut-on déterminer qu’il s’agit de bonnes filières quand on sait qu’on informe des jeunes qui connaîtront le marché du travail cinq ou dix ans après leur première orientation.

Tous les grands problèmes de notre société ne peuvent être réduits à des adéquations simplistes. Informer, ce n’est pas remplir un entonnoir, c’est offrir des pistes de réflexion. Arrêtez de nous gaver, nous ne sommes pas des oies !