Photo Christian BensiUne nouvelle enquête du Môle armoricain de recherche sur la société de l’information et les usages d’Internet (M@rsoin) fait suite à une précédente enquête que je vous avais présentée ici. Jocelyne Trémembert a fait à nouveau un travail particulièrement approfondi.

L’enquête détermine quatre type d’exclus du web : les seniors (plus de 60 ans), les isolés socialement, les faibles revenus, les actifs modestes. Je ne reprendrai pas cette dernière catégorie qui me semble peu signifiante (leur taux d'exclusion est de 28 %).

Les plus exclus d’Internet sont dans l’ordre les seniors (75 %), les personnes isolées socialement (65 %), les faibles revenus (55 %), sachant bien sûr que certaines personnes cumulent les trois handicaps. Ces catégories sont composées d’individus souvent peu informés et peu motivés.

L’usage des objets électroniques et d’Internet sont liés.

Une part importante de cette enquête a été consacrée aux seniors. Un grand nombre de seniors internautes ont été formés pendant leur vie active. Les proches ont une part importante dans la formation des seniors. Les seniors internautes utilisent davantage que les autres internautes les applications bureautiques et les outils pour la photographie. Leur usage des jeux est équivalent à ceux des autres tranches d’âge mais leur utilisation des jeux en ligne est faible. Ils sont trois fois moins nombreux que les autres internautes à écouter de la musique, à faire de la création multimédia, à regarder des films sur Internet.

Les seniors sont des internautes communicants. 72 % échangent des mails toutes les semaines, ils sont aussi plus nombreux que les autres à se servir de téléphonie ou visiophonie (Skype). Ils recherchent de l’information (51 % se servent quotidiennement des moteurs de recherche). Ils sont par contre peu contributeurs (faible usage des forums de discussions et peu de commentaires laissés sur les blogs). Ils sont peu attirés par le commerce en ligne.

L’usage d’objets électroniques est très éclairant pour comprendre le non usage d’Internet. Un senior qui utilise moins de trois objets électroniques aura 58 fois plus de chances d’être non internaute qu’un senior avec un score élevé. La plupart des seniors non-internautes ont peur de la technologie et craignent de ne pas pouvoir s’adapter à ce nouveau média. Le niveau d’études joue beaucoup, ainsi que la catégorie professionnelle à laquelle appartenait l’intéressé. Plus l’âge avance et plus le risque de rester non-internaute est important.

La télévision : un meilleur compagnon que l’ordinateur ?

La catégorie « isolés socialement » est grosse consommatrice de télévision mais visionne peu de DVD. L’âge et la présence d’enfants est déterminante pour l’usage d’Internet. Les non utilisateurs le justifient par la peur (58 %), un problème de santé (40 %), la mauvaise maîtrise de l’écrit (20 %). Lorsqu’ils utilisent Internet, ils ont appris souvent seuls à l’utiliser.

Pas facile de se former tout seul !

La catégorie « faibles revenus » ne connaît pas ou peu les usages d’Internet. 44 % de cette catégorie ne connaissent aucun usage contre 9 % seulement des internautes à revenus moyens ou forts. Ce sont des questions financières qui les amènent à ne pas prendre Internet. Ceux qui sont internautes ont appris seuls ou grâce à l’entourage. Ils ont peu bénéficié de formation. L’âge n’a pas d’effet dans cette catégorie, c’est la présence d’enfants qui est déterminante. Le niveau d’étude joue aussi un rôle important.

Certaines solutions sont applicables.

Il faut résoudre le problème financier et redire que l’abonnement à Internet reste beaucoup trop cher pour les revenus les plus modestes. Soit on considère que l’ordinateur est un objet de loisirs et il est inutile de se préoccuper davantage de cette question ou Internet devient indispensable lors d’une recherche d’emploi, dans les rapports avec l’administration… et il faut s’occuper de ce problème financier.

Pour les plus âgés (à partir de 80 ans), le recours à des versions simplifiées d’ordinateur, type ordissimo, peut être envisagé pour faciliter l’apprentissage mais il s’agit d’ordinateurs plus chers que les autres.

Moins d’une personne non-qualifiée sur trois peut être considérée comme internaute alors que l’on dénombre 92 % des diplômés de l’enseignement supérieur. L’absence de formation pour les plus bas niveaux de qualification est donc de plus en plus inacceptable.