Photo yum9me sur Flickr La recherche dont il va être question ici ne porte pas sur des personnes qui utilisent peu les technologies de l’information. La recherche DEVOTIC porte au contraire sur ceux qui en font une utilisation intensive et éprouve le besoin de se déconnecter. Car si les technologies sont indispensables au quotidien, elles apportent aussi leur lot d’information non-désirées, d’appels intempestifs, de confusion entre urgence et importance, de surveillances supplémentaires.

La recherche porte sur différents profils et notamment les cadres, les voyageurs et les étudiants.

La déconnexion, quand elle a lieu, traduit la volonté d’une maîtrise plus grande des technologies

Pour les cadres interrogés, on constate que :

  • 78 % pensent que les TIC engendrent un nombre croissant de tâches à traiter en dehors des horaires ou du lieu de travail. Les femmes et les jeunes se prémunissent un peu mieux contre ce phénomène.
  • 59 % considèrent que les TIC contribuent à rendre leur vie professionnelle plus stressante par excès de sollicitations et de fonctionnement dans l’urgence.
  • 29 % pensent qu’ils ne bénéficient d’aucun droit à la déconnexion pendant leurs vacances, 33 % pendant leur week-end et 41 % en soirée.
  • Mais ils pensent que les TIC leur font gagner du temps et se déconnecter équivaudrait à trop en perdre ou à se couper d’opportunités. Ceci explique pourquoi les cas de déconnexion sont en fait ponctuels : lors d’une activité privée, d’une réunion, d’une soirée. Il est rare que leur déconnexion soit totale. Ils l’aménagent, ils mettent les TIC en suspend et souvent partiellement (mode vibreur, mode répondeur…)

On parle plus de déconnexion que l’on se déconnecte

Pour les voyageurs, la déconnexion est souvent décrite comme un idéal. La déconnexion est motivée par le désir de « prendre du champ ». L’expérience de déconnexion est vécue comme un soulagement. Un appel téléphonique reçu en voyage est souvent perçu comme une intrusion. Mais le besoin impérieux de garder le contact avec les proches freine les pratiques de déconnexion. C’est souvent l’entourage qui fait pression pour que la déconnexion n’ait pas lieu. D’où une nécessaire phase de négociation.

Pour les étudiants interrogés, il y a débat sur la question de la géolocalisation des applications, à la fois pratique dans la vie courante mais présentant des risques pour la préservation de la vie privée. Mais on constate par exemple qu’un grand nombre d’étudiants ne savent pas quelles applications de leur smartphone utilisent la géolocalisation et ces étudiants ne savent pas forcément comment la désactiver.

En conclusion, il faut constater que l’on parle plus de déconnexion que l’on se déconnecte. Le désir de déconnexion apparaît dans des situations de saturation, de harcèlement ou de surveillance où l’individu se sent dépassé ou soumis. Les conduites de déconnexion visent à éviter de rentrer dans la zone rouge. Les ultra-connectés optent généralement pour une déconnexion ponctuelle, partielle, gage de leur maîtrise. En bref, une déconnexion choisie.

La recherche DEVOTIC a été financée par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR). Elle repose sur plusieurs analyses et enquêtes qualitatives et quantitatives. Elle a duré 48 mois.