Les difficultés financières du CRIJ Poitou-Charentes l’obligent à réfléchir, avec ses différents partenaires, sur les conditions de poursuite de ses missions.

Mais au-delà de cette légitime démarche, le CRIJ ne gagnerait-il pas à étendre sa réflexion pour mieux adapter ses missions aux besoins d’un plus grand nombre de jeunes ?

Crise financière ou non, toute organisation travaillant dans le domaine de l’information est amenée à s’interroger sur les profondes mutations qui traversent ce secteur. Nouvelles demandes sociales, nouveaux modes de production et de diffusion de l’information… peu de secteurs d’activité sont aussi radicalement touchés par le développement des technologies.

Une des questions qui se pose dès lors au CRIJ est de savoir s’il veut « profiter » de la dynamique de sortie de sa crise pour mener cette réflexion globale et proposer à ses partenaires une nouvelle ambition, un nouveau projet en faveur des jeunes ; ou bien préfère t-il différer cette « remise à plat » pour la conduire dans un ou deux ans.

Comment dès lors transformer une difficulté en opportunité pour renforcer la qualité du service rendu aux jeunes ?

Quelques rappels sur les mutations en cours :

• l’information n’est plus une denrée rare, elle devient pléthorique,

• La diffusion d’informations sont désormais à la portée du plus grand nombre et ce à moindre coût,

• La mutualisation des informations publiques entre organismes publics devient stratégique et, en même temps, une obligation morale pour optimiser les ressources publiques,

• devant la complexité du quotidien, le public recherche une information personnalisée, qualifiée adaptée à ses besoins…

A condition de s’engager dans une démarche rigoureuse, les TIC permettent à chaque organisme public de se recentrer sur sa mission et d’offrir un meilleur service.

Dès lors la question est de définir lequel d’entre eux est le plus compétent :

• pour produire l’information sur une thématique ?

• l’adapter en fonction d’un public ?

• la valider, la sélectionner ?

• la diffuser ?

* Une nouvelle ambition

Dans le cadre de sa mission d’origine, il s’agit de :

• développer à moindre coût, un véritable système régional d’information et de services auprès des jeunes de la région.

• renforcer de manière systématique l’accès des jeunes aux services publics, notamment ceux qui en sont les plus éloignés pour des raisons géographiques ou sociales.

Cette ambition passe notamment par une intégration complète des technologies de l’information pour :

• mieux répartir le rôle entre les acteurs publics pour produire l’information, la mutualiser, la qualifier et optimiser ainsi les ressources publiques,

• multiplier les points d’accès des jeunes à ces informations, soit directement par l’intermédiaire des sites internets publics, soit par l’intermédiaire des médiateurs (exemples : extranet d’information pour les animateurs des centres socioculturels).

* Elle passe également par des missions et des modes de travail rénovés

Quelle est la plus value du CRIJ ?

• expertise sur les besoins d’information des jeunes,

• expertise sur les ressources (informations, contacts humains…)qui répondent le mieux à ces besoins,

• capacité de mettre les deux en relation (maîtrise des médias et des médiateurs)

Comment pourrait-on reformuler ses missions ?

Mission 1.

• connaître en continu les besoins d’information et de services des jeunes,

Mission 2.

• veiller à l’égalité d’accès de tous les jeunes à l’information sur l’ensemble du territoire régional : réseaux de diffusion web, réseaux des relais d’information (secrétaires de mairie, animateurs…). Gestion proche de celle d’un plan média et de réseaux média.

• gérer un espace d’accueil du public « jeunes » sur Poitiers

Mission 3.

• repérer les sources d’information, favoriser la production par ceux qui sont les plus proches de la source, favoriser la mutualisation des informations publiques,

• assembler les contenus sous forme de chaînes thématiques cohérentes et assurer la multidiffusion

• organiser et favoriser le développement de services en ligne à destination des jeunes (sous forme de lignes de services.

Pour initier à ce que soit engagée une démarche rigoureuse d’évaluation :

• des contenus produits en région par les différents acteurs publics, (repérage des manques et des éventuelles redondances,

• des circuits de production de ces informations (rédaction, validation…)

• des informations produites par ailleurs et dont la qualité ne nécessite pas (ou peu) de traitement complémentaire, ainsi que les conditions d’accès et de diffusion,

• des lieux et supports de diffusion existants et de ceux qu’il serait souhaitable de créer (bornes établissements scolaires…) et des sites internet publics qui pourraient devenir des espaces de diffusion complémentaires…

* Elle passe également par de nouveaux partenariats

Ces partenariats (financiers et/ou de coopération) concernent les deux niveaux de mission :

• la production de chaînes de contenus et de services,

• la diffusion de ces chaînes auprès des jeunes et de leurs relais d’information.

o Exemple : achat des droits par une collectivité pour la diffusion sur ces sites web afin d’offrir du service aux jeunes de son territoire

NOTE COMPLEMENTAIRE

L’information « jeunes » du Poitou-Charentes n’échappe aux évolutions liées à la gestion de l’information.

Evolution de la demande des utilisateurs et des producteurs d’informations :

L’utilisateur veut accéder le plus facilement à l’information dont il a besoin. Or l’information publique censée répondre à sa question est souvent morcelée car produite par plusieurs organismes publics qui ont des compétences et des zones géographiques différentes.

Les services publics (collectivités locales, services de l’Etat, associations…) doivent donc s’entendre pour produire des contenus cohérents qui répondent aux préoccupations des citoyens et des entreprises et non à des logiques par trop administratives.

Internet permet à chaque producteur d’information de les diffuser plus facilement qu’ils ne pouvaient le faire à cause des coûts d’édition. Cela génère une explosion de la quantité d’informations disponibles. Ainsi, avec les moteurs de recherche, un jeune qui souhaite s’informer sur tel problème trouvera probablement une quantité importante de réponses. Sa question devient : laquelle est fiable, laquelle est la meilleure ? L’enjeu de la sélection l’emporte sur la production.

L’usager a alors besoin de médiateurs, physiques dans les lieux d’accueil mais aussi « virtuels » à travers des sites lui proposant une sélection garantie par un organisme de référence.

Un organisme public fournisseur d’informations se posera également la question de la diffusion : en plus de mes propres outils, avec quels médias vais-je avoir le plus de chances d’entrer en relation avec mon public ? En d’autres termes, comment remplir le plus efficacement possible sa mission ?

Ainsi, même s’il est appelé à être un lieu de diffusion de référence, le site internet du CRIJ ne peut prétendre être la porte d’entrée unique de l’information jeunesse en Poitou-Charentes. C’est l’ensemble des sites des agglomérations, de communes, de Départements, de la Région, associatifs, des bornes placées dans les établissements scolaires…qui composeront également la force de diffusion des informations. Ces diffuseurs doivent avoir facilement accès à ces informations pour les enrichir d’informations locales et les diffuser sans avoir à les recopier.

Une logique propriétaire de l’information publique est un non-sens, toutefois le travail du producteur doit être reconnu.

L’information diffusée doit être signée (qui la produit ? Le diffuseur est de moins en moins le producteur ), proposée par (qui la sélectionne ?) et diffusée par le propriétaire du média.

'* nouvel administrateur du CRIJ Poitou-Charentes

Directeur de Mutations-Publiques organisme spécialisé dans la modernisation des services publics – www.mutations-publiques.com

Chargé de cours à l’école des hautes études en sciences de l’information et de la communication CELSA – Paris IV Sorbonne