Quel avenir pour l’information jeunesse
Par Christian BENSI le vendredi 3 mars 2006, 08:15 - Apports et réflexions - Lien permanent
Cette note a été réalisée et adaptée par Paul Guédon* pour le blog.
Les difficultés du CRIJ Poitou-Charentes ne sont peut-être pas un simple phénomène local. Au delà de problèmes particuliers, ne peut-on pas y voir le début d’une crise et d’un changement profond dans l’organisation de l’information jeunesse en France.
Les difficultés financières du CRIJ Poitou-Charentes l’obligent à réfléchir, avec ses différents partenaires, sur les conditions de poursuite de ses missions.
Mais au-delà de cette légitime démarche, le CRIJ ne gagnerait-il pas à étendre sa réflexion pour mieux adapter ses missions aux besoins d’un plus grand nombre de jeunes ?
Crise financière ou non, toute organisation travaillant dans le domaine de l’information est amenée à s’interroger sur les profondes mutations qui traversent ce secteur. Nouvelles demandes sociales, nouveaux modes de production et de diffusion de l’information… peu de secteurs d’activité sont aussi radicalement touchés par le développement des technologies.
Une des questions qui se pose dès lors au CRIJ est de savoir s’il veut « profiter » de la dynamique de sortie de sa crise pour mener cette réflexion globale et proposer à ses partenaires une nouvelle ambition, un nouveau projet en faveur des jeunes ; ou bien préfère t-il différer cette « remise à plat » pour la conduire dans un ou deux ans.
Comment dès lors transformer une difficulté en opportunité pour renforcer la qualité du service rendu aux jeunes ?
Quelques rappels sur les mutations en cours :
• l’information n’est plus une denrée rare, elle devient pléthorique,
• La diffusion d’informations sont désormais à la portée du plus grand nombre et ce à moindre coût,
• La mutualisation des informations publiques entre organismes publics devient stratégique et, en même temps, une obligation morale pour optimiser les ressources publiques,
• devant la complexité du quotidien, le public recherche une information personnalisée, qualifiée adaptée à ses besoins…
A condition de s’engager dans une démarche rigoureuse, les TIC permettent à chaque organisme public de se recentrer sur sa mission et d’offrir un meilleur service.
Dès lors la question est de définir lequel d’entre eux est le plus compétent :
• pour produire l’information sur une thématique ?
• l’adapter en fonction d’un public ?
• la valider, la sélectionner ?
• la diffuser ?
* Une nouvelle ambition
Dans le cadre de sa mission d’origine, il s’agit de :
• développer à moindre coût, un véritable système régional d’information et de services auprès des jeunes de la région.
• renforcer de manière systématique l’accès des jeunes aux services publics, notamment ceux qui en sont les plus éloignés pour des raisons géographiques ou sociales.
Cette ambition passe notamment par une intégration complète des technologies de l’information pour :
• mieux répartir le rôle entre les acteurs publics pour produire l’information, la mutualiser, la qualifier et optimiser ainsi les ressources publiques,
• multiplier les points d’accès des jeunes à ces informations, soit directement par l’intermédiaire des sites internets publics, soit par l’intermédiaire des médiateurs (exemples : extranet d’information pour les animateurs des centres socioculturels).
* Elle passe également par des missions et des modes de travail rénovés
Quelle est la plus value du CRIJ ?
• expertise sur les besoins d’information des jeunes,
• expertise sur les ressources (informations, contacts humains…)qui répondent le mieux à ces besoins,
• capacité de mettre les deux en relation (maîtrise des médias et des médiateurs)
Comment pourrait-on reformuler ses missions ?
Mission 1.
• connaître en continu les besoins d’information et de services des jeunes,
Mission 2.
• veiller à l’égalité d’accès de tous les jeunes à l’information sur l’ensemble du territoire régional : réseaux de diffusion web, réseaux des relais d’information (secrétaires de mairie, animateurs…). Gestion proche de celle d’un plan média et de réseaux média.
• gérer un espace d’accueil du public « jeunes » sur Poitiers
Mission 3.
• repérer les sources d’information, favoriser la production par ceux qui sont les plus proches de la source, favoriser la mutualisation des informations publiques,
• assembler les contenus sous forme de chaînes thématiques cohérentes et assurer la multidiffusion
• organiser et favoriser le développement de services en ligne à destination des jeunes (sous forme de lignes de services.
Pour initier à ce que soit engagée une démarche rigoureuse d’évaluation :
• des contenus produits en région par les différents acteurs publics, (repérage des manques et des éventuelles redondances,
• des circuits de production de ces informations (rédaction, validation…)
• des informations produites par ailleurs et dont la qualité ne nécessite pas (ou peu) de traitement complémentaire, ainsi que les conditions d’accès et de diffusion,
• des lieux et supports de diffusion existants et de ceux qu’il serait souhaitable de créer (bornes établissements scolaires…) et des sites internet publics qui pourraient devenir des espaces de diffusion complémentaires…
* Elle passe également par de nouveaux partenariats
Ces partenariats (financiers et/ou de coopération) concernent les deux niveaux de mission :
• la production de chaînes de contenus et de services,
• la diffusion de ces chaînes auprès des jeunes et de leurs relais d’information.
o Exemple : achat des droits par une collectivité pour la diffusion sur ces sites web afin d’offrir du service aux jeunes de son territoire
NOTE COMPLEMENTAIRE
L’information « jeunes » du Poitou-Charentes n’échappe aux évolutions liées à la gestion de l’information.
Evolution de la demande des utilisateurs et des producteurs d’informations :
L’utilisateur veut accéder le plus facilement à l’information dont il a besoin. Or l’information publique censée répondre à sa question est souvent morcelée car produite par plusieurs organismes publics qui ont des compétences et des zones géographiques différentes.
Les services publics (collectivités locales, services de l’Etat, associations…) doivent donc s’entendre pour produire des contenus cohérents qui répondent aux préoccupations des citoyens et des entreprises et non à des logiques par trop administratives.
Internet permet à chaque producteur d’information de les diffuser plus facilement qu’ils ne pouvaient le faire à cause des coûts d’édition. Cela génère une explosion de la quantité d’informations disponibles. Ainsi, avec les moteurs de recherche, un jeune qui souhaite s’informer sur tel problème trouvera probablement une quantité importante de réponses. Sa question devient : laquelle est fiable, laquelle est la meilleure ? L’enjeu de la sélection l’emporte sur la production.
L’usager a alors besoin de médiateurs, physiques dans les lieux d’accueil mais aussi « virtuels » à travers des sites lui proposant une sélection garantie par un organisme de référence.
Un organisme public fournisseur d’informations se posera également la question de la diffusion : en plus de mes propres outils, avec quels médias vais-je avoir le plus de chances d’entrer en relation avec mon public ? En d’autres termes, comment remplir le plus efficacement possible sa mission ?
Ainsi, même s’il est appelé à être un lieu de diffusion de référence, le site internet du CRIJ ne peut prétendre être la porte d’entrée unique de l’information jeunesse en Poitou-Charentes. C’est l’ensemble des sites des agglomérations, de communes, de Départements, de la Région, associatifs, des bornes placées dans les établissements scolaires…qui composeront également la force de diffusion des informations. Ces diffuseurs doivent avoir facilement accès à ces informations pour les enrichir d’informations locales et les diffuser sans avoir à les recopier.
Une logique propriétaire de l’information publique est un non-sens, toutefois le travail du producteur doit être reconnu.
L’information diffusée doit être signée (qui la produit ? Le diffuseur est de moins en moins le producteur ), proposée par (qui la sélectionne ?) et diffusée par le propriétaire du média.
'* nouvel administrateur du CRIJ Poitou-Charentes
Directeur de Mutations-Publiques organisme spécialisé dans la modernisation des services publics – www.mutations-publiques.com
Chargé de cours à l’école des hautes études en sciences de l’information et de la communication CELSA – Paris IV Sorbonne

Commentaires
Je découvre avec intérêt votre site et ses notes sur la question de l'information de la jeunesse. A ce titre, je voulais simplement vous faire part de l'analyse des propositions d'un candidat à la Présidence de la République sur ce sujet, en l'occurence Dominique Strauss-Kahn, lors des Etats Généraux de l’emploi des jeunes :
"Pour moi, il n’y a pas de « péril jeune » mais une jeunesse en péril.
Aujourd’hui, en France, la jeunesse est stigmatisée : pour Nicolas Sarkozy, la jeunesse est une classe « dangereuse ». Il entretient une confusion volontaire entre les jeunes et la délinquance.
La jeunesse est en souffrance : 15% des étudiants ont eu des pensées suicidaires au cours de ces 12 derniers mois. 54% des étudiants se sentent tendus, angoissés (45%) (Enquête LMDE juin 2005). Les 2/3 des jeunes accèdent à l’emploi par une forme précaire (CDD, mission, intérim), un étudiant sur deux est obligé de travailler pour financer ses études.
Les jeunes souffrent de discriminations : raciales à l’embauche pour les jeunes des quartiers mais aussi différences de salaires entre les générations : en 1977, il y avait 15% de décalage entre le salaire à 30 ans et le salaire à 50 ans. Aujourd’hui, le même écart est de 40%.
1/3 des SDF ont entre 18 et 29 ans !
- La question de la formation et de l’emploi des jeunes constitue un défi majeur : 39% des jeunes sans qualification sont au chômage, le taux de chômage dans les deux ans qui suivent la sortie des études dépasse les 20% depuis 25 ans.
- A travers ce problème de l’intégration de la jeunesse dans le marché de l’emploi, se pose aussi le rapport même qu’entretient aujourd’hui la République avec les jeunes générations. Et pour ma part, je veux redonner sa place à chaque jeune dans la République. Aujourd’hui, la jeunesse ne veut pas s’opposer à la société mais s’y intégrer pour la changer comme le montre ses combats sur les problèmes environnementaux, les relations Nord/Sud, la pauvreté en Afrique et l’accroissement des inégalités sociales.
Voilà pourquoi, je vous propose :
• D’en finir avec le scandale des stages : Un étudiant sur deux, environ 800 000 étudiants, effectue au moins un stage au cours de sa scolarité. Un grand nombre de ces stages ne sont ni indemnisés ni convenablement encadrés.
Je propose d’instaurer un nouveau statut des stagiaires imposant une rémunération obligatoire et conséquente, de véritables droits sociaux et une meilleure responsabilisation de l’employeur, afin de mettre un terme à la « génération précaire ».
Je propose d’instaurer une pénalisation fiscale des entreprises qui ont recours à des emplois précaires, en modulant l’assiette de l’impôt sur les sociétés.
- Assurer l’accès au logement : faire du logement des jeunes, une priorité nationale et mettre en oeuvre un nouveau dispositif de financement des dépôts de garantie et de la caution solidaire pour les – de 25 ans.
- Assurer le droit à la santé : garantir l’accès des jeunes aux soins optiques et dentaires. Rendre la contraception et la protection des MST, totalement gratuites.
- Assurer la possibilité de se déplacer : l’obtention du permis de conduire doit être intégrée à l’enseignement que reçoivent tous les jeunes de notre pays."
Voila quelques pistes de réflexion et de débats. Au moins, un candidat analyse et propose !
Je salue et je respecte Dominique Strauss-Kahn, premier homme politique à s'être lancé dans l'expérience des blogs. Je vous remercie aussi pour la phrase "Je découvre avec intérêt votre site et ses notes sur la question de l'information de la jeunesse."
Là ou cela se gâte c'est lorsque vous nous faites bénéficier d'un texte qui n'a manifestement aucun rapport avec la problématique de ce blog.
Combien de fois avez-vous effectué ce copier-coller dans des blogs aujourd'hui ?
Pensez-vous sérieusement que votre démarche sert à quelque chose et est utile au candidat que vous souhaitez soutenir !
Ne pensez-vous pas qu'il serait temps de faire de "la politique autrement" ?
Merci pour votre réponse.
Concernant le texte que j'ai posté en commentaire, il est vrai qu'il ne correspond pas directement avec la thématique du CRIJ de Poitiers. Il se trouve qu'après avoir lu quelques billets, et notamment ce dernier, j'ai eu envie de poster un commentaire qui portait sur le blog en général et pas seulement sur ce thème.
Quant au texte, il ne s'agit malheureusement pas d'un simple copier / coller. Reportez vous au discours prononcé par DSK devant le J.O.C. le dimanche 1er octobre, et vous verrez. J'en ai selectionné quelques passages qui me parraissaient pertinents et utiles à apporter au débat.
Désolé, je ne suis pas un flooder qui perturbe les blogs pour mon plaisir. Je trouve simplement interessant les propositions de DSK sur ces questions, voila tout.
La politique autrement ? Eclairez moi, je suis interessé !
Allons plus loin. Votre commentaire ne correspondait absolument pas à l'objet de ce blog.
Cependant, vous n'êtes sans doute pas un flooder. Un flooder (je ne connaissais pas le terme, alors j'en profite) ne serait pas revenu ici pour s'expliquer. Vous n'êtes donc pas si loin de ce que j'appelle "la politique autrement", celle qui ne simplifie pas à outrance les discours, celle qui est courageuse, celle qui n'envahit pas les blogs et les boites aux lettres.
L'objet de ce blog est de parler des questions de l'information-orientation des jeunes, un domaine dans lequel la France a un retard considérable accumulé depuis plus de 30 ans. Cela aussi a des conséquences néfastes sur les jeunes.
Alors si vous trouvez un jour un texte de Dominique Strauss-Kahn sur cette question, sachez que ce texte sera le bienvenu ici.
Vous êtes passionné par votre engagement, je le suis par mon combat au service de l'information des jeunes. Tout cela me semble infiniment respectable, ne croyez vous pas