Le délit de non information
Par Christian BENSI le jeudi 16 mars 2006, 00:10 - Apports et réflexions - Lien permanent
Le public ne supporte plus de ne pas être informé. Un évènement qui aurait fait trois lignes dans un journal local, il y a 20 ans, peut aujourd’hui faire la une, pendant plusieurs jours.
Il y a quelques années, on avait interrogé les voyageurs SNCF des lignes C et D du RER en Ile de France. Ces deux lignes ont une caractéristique, elles dysfonctionnent de façon chronique et affichent les plus forts taux de grévistes lors de mouvements sociaux. La colère des usagers se focalisait, à l’époque, non sur les dysfonctionnements mais sur le déficit d’information dont les voyageurs étaient victimes, en cas d’incident.
Un chirurgien, qui n’informe pas ses patients des risques encourus lors d’une opération, risque d’être condamné plus fortement, en cas d’accident. Les établissements hospitaliers n’hésitent plus à faire signer à leurs patients des attestations où ces derniers déclarent avoir été informés.
Il y a quelques temps, Météo France avait été vivement critiqué pour ne pas avoir averti la population de risques météorologiques.
Avez-vous constaté à quel point les modes d’emploi des appareils électroménagers contiennent des listes impressionnantes d’informations sur les précautions à prendre en terme de sécurité ?
Les conditions générales de vente ont pour objectif de prouver que l’acheteur était informé, en cas de litige.
Les procès contre les grands fabricants de tabac ont donné lieu à des indemnités impressionnantes aux Etats Unis. Ce qui a été condamné : encore et toujours, le déficit d’information.
Dans l’affaire « Moussaoui », ce qui est jugé relève de ce qu’on pourrait appeler le « délit de non information ».
Détenir une information et ne pas la communiquer, peut-il devenir un délit ?
Peut-on imaginer que demain un chômeur longue durée porte plainte et obtienne gain de cause contre l’organisme qui aurait oublié de lui fournir une information, pourtant vitale pour la poursuite de ses études, plusieurs années plus tôt ?
L’absence d’information ou la fourniture, même non intentionnelle, d’une information fausse pourrait-elle être passible des tribunaux, demain !

Commentaires
Est-ce que ce que tu décris là, la nécessité d'être informé, ne refléte pas en fait une "chance" que nous pourrions valoriser dans l'IJ. Je veux parler de la capacité à donner la bonne information suite à une question. Ce que nous sommes sensés savoir faire, à savoir faire le tri pour le public entre les informations fiables et pertinentes et les autes.
Mais on revient toujours à la même question : quels moyens nous nous donnons pour cela ?