Du devenir des microstructures et de la compétence de leurs techniciens
Par Christian BENSI le jeudi 23 mars 2006, 07:30 - Apports et réflexions - Lien permanent
Il est tout à fait étonnant d’observer à quel point dans le monde associatif et dans la fonction publique, on a tendance à fabriquer des postes, non en fonction d’un profil de compétence, mais de l’hétérogénéité des besoins à couvrir.
On fabrique de plus en plus des profils de postes pour des métiers qui n’existent pas et pour lesquels, bien évidemment, il ne peut y avoir de formation adaptée.
Le métier d’informateur étant souvent considéré comme « inné », il est difficile de faire comprendre que l’information des jeunes est un vrai « métier » qui nécessite des personnels spécialisés et formés.
Avec l’adoption massive d’Internet par un grand nombre de jeunes, la fréquentation dans les structures tend à diminuer mais la demande d’information très qualifiée a parallèlement augmenté. Chargés de missions extrêmement diversifiés, les services jeunesse sont de plus en plus tentés de réclamer de la polyvalence à leur personnel, chargé de l’information des jeunes. Cela se fait au moment où les informateurs devraient au contraire renforcer leur spécialisation.
Le Point Information Jeunesse ou la petite structure municipale d’information sont aujourd’hui menacés.
Dans une microstructure, le professionnel est moins souvent confronté à des questions difficiles. Or, le conseiller (l’informateur) est un « système apprenant ». Il augmente sa compétence en cherchant la réponse aux questions que lui posent les jeunes. Moins il est interrogé et plus sa capacité à répondre diminue. Plus il occupe des missions différentes et moins il est compétent dans son secteur.
Maintenir des unités d’information cohérentes, là et seulement là où elles sont utiles, est un énorme enjeu pour demain. Dans le cas contraire, faute de personnel suffisamment spécialisé, elles ne survivront pas ou ne seront plus en mesure de remplir correctement leurs missions.

Commentaires
Bonjour,
Je travaille dans le réseau IJ depuis janvier 2006. Je suis responsable d'un PIJ dans une commune de 10000 habitants, avec un potentiel de 1200 jeunes (15-25 ans).
Je me sens particulièrement concerné par cet article.
Je suis bien sûre convaincu de l'utilité d'un PIJ sur une commune. Je partage votre point de vue concernant la spécialisation des informateurs. En pratique, celà me paraît difficile : Comment faire rayonner un PIJ sur un territoire, comment répondre à toutes les demandes des jeunes et dans le même temps se spécialiser et revendiquer cette spécialisation ?
Dans ma situation, je suis obligé d' intervenir sur l'ensemble des 9 thèmes IJ et je suis parfaitement conscient que la polyvalence entraîne une diminution des compétences. Je l'observe chaque jour qui passe. J'ai le sentiment de survoler chaque information, sans avoir le temps de la vérifier et/ou d'approfondir la recherche. Cette polyvalence fait partie du fameux profil de poste.
Je pense aujourd'hui que l'informateur doit orienter les jeunes vers des vrais spécialistes, car il ne sera jamais un "super héros de l'information".
Se posent deux problématiques :
- Si des spécialistes sont présents et disponibles sur la commune, comment évaluer leur compétences ainsi que leur capacité à accueillir et renseigner des jeunes ?
- Si ces mêmes spécialistes sont éloignés géographiquement comment favoriser la mise en relation
avec les jeunes non mobiles ?
Merci pour ce partage de connaissances bloguien.
Cordialement.
Baptiste J.
Vous posez des questions importantes.
Dans un premier temps, je dirais que si les informateurs ne faisaient partout que de l'information, ce serait déjà une avancée significative.
Je ne crois pas que le rôle de l'informateur consiste à renvoyer vers des "spécialistes". L'informateur est un spécialiste de l'information des jeunes, ce n'est pas un poteau indicateur.
Par contre, je pense vraiment qu'il y a moyen de jouer la complémentarité avec d'autres réseaux. On est rarement intelligent tout seul.
Si ce blog parle de l'information des jeunes et pas de l'information jeunesse, il y a une raison.
Vous êtes sûrement meilleur dans un domaine que dans d'autres. Des formations peuvent vous aider à trouver plus rapidement la bonne information. D'autres structures, implantés dans d'autres communes, peuvent sans doute compléter votre action.
Quand aux jeunes non mobiles, les techniques que nous mettront en oeuvre demain devraient leur faciliter la vie (Internet comme moyen de diffusion et de proximité sociale), sans oublier le contact humain.
Ce "demain là", il nous reste à le construire avec les autres réseaux.
Bonjour,
je voudrais savoir, Christian, ce que vous entendez par "se spécialiser" car il me semble que ce qui fait avant tout la force des structures Information Jeunesse c'est justement leur aspect généraliste.
Est ce que se spécialiser ce n'est pas surtout s'équiper d'outils adaptés (documentation, utilisation des TIC, etc.) ?
Stéphane,
Ce que j'entendais ici, c'est que le réseau Information Jeunesse est un des principaux spécialistes de l'information des jeunes.
Je ne dis pas que ce réseau serait incapable de s'adresser à d'autres publics mais plus de 30 ans à concevoir des outils performants pour les jeunes, donne des compétences particulières.
La demande de ce public est spécifique. Je pense par exemple que cette génération est moins attaché au papier (un peu moins).
Ils n'ont pas "adopté" l'informatique, ils sont nés avec elle.
Les nouvelles formes d'Internet (le fameux web2 dont on nous rebat les oreilles), c'est eux qui sont en train de l'inventer.
Nos équipes d'informateurs couvrent un champ très large de secteurs mais l'information des jeunes implique des formes et des méthodes "pédagogiques" spécifiques. C'est en cela que je parle de "spécialistes".
vaste sujet que la reconnaissance du métier d'informateur jeunesse. Je suis persuadé qu'une formation spécifique devrait etre mise en place et reconnue. Sur le terrain la personne gérant et animant un PIJ doit être accueillante, à l'écoute, répondre à la demande, orienter au plus juste, , avec en plus des connaissances importantes dans le domaine documentaire, classification, (être attentif et a l'ecoute de tout ce qui est dit et fait dans l'emploi, ,la formation, l'enseignement ... afin d'avoir en permanence une documentations précise, à jour) être au top dans l'animation (priorité de la fonction) avoir de nombreuses compétence en informatique (autre outil incontournable de la recherche d'information) Bref des compétences en animation, communication, information, ntic sauf que cette fonction est quelque peu dénigrée, peu reconnue malgrés les compétences requises pour gérer et animer un Point Information Jeunesse. De plus la reconnaissance passe aussi par le budgetr alloué à cette structure. J'en ai fait la triste expérience. J'étais responsable du PIJ de Noeux Les Mines (62) au sein d'une maison de jeunes et là croyez moi pas évident de faire fonctionner cette activité qui a toujours passé aprés le club ados voir meme à devoir seconder l'animateur jeunesse au détriment du PIJ . Pourtant j'ai malgrés tout fait les preuves qu'un PIJ était viable, utile, voir incontournable dans une commune de plus de 12 000 habitants. malgrés les 2400 passages annuels, la création d'un cyber social (avec IBM en partenaire), la mise en place de l'espace santé jeunes(avec l'aide de la fondation de France), l'espace europe allimenté par la maison de l'europe conseil regionale, des animations régulières : opérations jobs de vacances (2 fois par an), portes ouvertes (accueil collège et lycées), participations active à la journée des droits de l'enfant (expo avec accueil des classes primaires), fête de la science (l'information et l'ordinateur), participation à l'action une journée un métier avec le collège, ...... partenariat avec mission locale et anpe, accueil des demandeurs d'emploi 3 matinées par semaine avec mise a disposition de l'outil informatique (cyber social) ..... Malgrés tout cela (sans compter les heures malgrés le contrat CES que j'avais) le PIJ est aujourd'hui fermé faute de budget, de subvention et personnellement malgrés un avenant de contrat me promettant un CDI j'ai eu droit à un licenciement economique. En résumer je crois qu'il faut penser à un véritable sattut de l'informateur jeunesse (reconnu par un diplome)
Triste description que vous faites là mais situation malheureusement déjà rencontrée.
Tout à fait d'accord avec vous quand vous décrivez l'absolue nécessité de mettre en place une formation et un diplôme. Je pense pour ma part qu'il est inenvisageable que ce diplôme soit inférieure à bac + 3.
Et bien sûr, pour faire reconnaître ce métier, il faudra au préalable en définir précisément les missions.