L’anonymat, un concept à contre courant
Par Christian BENSI le mercredi 12 avril 2006, 09:35 - Apports et réflexions - Lien permanent
L’important n’est pas tant de disposer d’informations que d’en disposer au moment où on en a besoin. Le secteur marchand l’a compris depuis bien longtemps. Faut-il aujourd'hui, par souci d’efficacité, « mettre en fiches » nos utilisateurs alors que nous nous y sommes refusés pendant des années ?
A quoi sert-il d’envoyer de la publicité sur les derniers modèles d’une marque automobile à une personne qui n’a pas son permis de conduire ? A l’inverse, que penser de la même publicité, envoyée aux propriétaires de voitures de plus de 10 ans, ayant eu de grosses factures de garage dans l’année qui précédait ?
Les entreprises créent de plus en plus des fichiers pour leur besoin propre mais aussi pour les vendre. Il n’y a d’ailleurs pas que le « privé » qui vende ses fichiers. J’ai eu le plaisir deux années de suite (mon fils cadet a redoublé sa terminale) de recevoir une multitude de propositions émanant d’écoles privées post bac. Comment ces écoles avaient-elles récupéré mes coordonnées et surtout comment se fait-il que ces mêmes écoles ne m’aient plus contacté par la suite ?
De plus en plus, le citoyen est « contraint » de fournir les informations qui le concernent. Dans les dispositifs financés par le Fonds Social Européen, le recueil de l’identité des bénéficiaires est de fait, obligatoire. Combien de sites Internet ou de commerces de rue exigent de leurs « visiteurs » qu’ils déclinent la totalité de leur identité et infos personnelles avant de disposer d’un essai gratuit, d’une carte de fidélité leur offrant des réductions, etc. Le fichage de la population entraîne encore quelques réactions d’hostilité mais le combat a cessé, faute de combattants.
Il n’y a pas que des inconvénients au « fichage » du public.
Envisager qu’un site d’information rappelle par mail une date limite d’inscription à un jeune, pour un examen, parce qu’il sait que ce dernier souhaitait s’y présenter, est-ce scandaleux ? Envisager que le même site rappelle une obligation légale à un jeune juste avant que le manquement à celle-ci ne puisse lui être reprochée… est-ce condamnable ?
Sommes-nous prêts à nous doter des outils nécessaires pour gérer, avec l’accord des intéressés, ce type de fichiers ou choisirons-nous le clan des irréductibles gaulois ?

