Informer ou manipuler
Par Christian BENSI le samedi 13 mai 2006, 12:45 - Apports et réflexions - Lien permanent
Si j’avais encore un doute sur la nécessité « d’informer autrement », un article paru ce jeudi dans le Républicain de l’Essonne suffirait à me convaincre.
Sachez qu’en dehors de mes activités de directeur d’un centre information jeunesse et de blogueur, j’ai fondé voilà un an une association de prévention spécialisée, soutenue fortement par les collectivités locales de la communauté d’agglomération Évry centre Essonne et par le conseil général du département.
L’annonce, le lundi 1er mai, de la mort d’un jeune de 16 ans, à Évry, lors d’un affrontement entre deux groupes, nous a tous plongé dans une profonde consternation. Un tel évènement est bien sûr un échec pour toute la communauté éducative de l’agglomération. L’homicide est un acte inacceptable, révoltant et définitif, que rien ne peut justifier.
Les jours qui suivent, on nous annonce pour le 4 mai la venue du ministre de l’intérieur, Nicolas Sarkozy. Le directeur d’Oser est interviewé par le journal local un peu plus tard.
Le jeudi 11 mai, le Républicain qui est un hebdo, est distribué dans les kiosques. La première page des informations départementales présente sur la moitié haute de la page, un papier sur le discours musclé du ministre, en bas l’interview du directeur d’Oser.
Un titre sur trois colonnes pour Oser : « on n’est pas à l’abri d’un nouveau mort ». Pour corser le tout, la rédaction a choisi d’écrire le mot « mort » en rouge et d’octroyer ce propos au directeur.
Pourquoi ce titre ? Certes le pire est toujours possible mais je doute que ce type de propos catastrophistes puissent être d’une quelconque utilité. En tout cas, elle n’aidera pas le travail de l’équipe d’éducateurs sur le terrain. La mort de quelqu’un n’est pas une anecdote, la mort d’un jeune n’a pas pour finalité de faire vendre davantage un journal ou de servir de faire valoir aux propos d’un ministre, et ce quel que soit le crédit qu’on accorde à ce ministre.
Informateur ou journaliste, nous sommes entièrement responsable de ce que nous exprimons ou écrivons et de ses éventuelles conséquences.
Quelle est la finalité de l’information, voilà une question à développer.
Informateur ou journaliste, notre statut nous donne un droit merveilleux : le pouvoir d’informer et un devoir absolu : celui de ne pas manipuler les opinions.
