Attendra-t-on que les lois du marché aient totalement occupé le terrain… marchand avant d’ajouter le conseil en ligne aux prestations gratuites offertes par le service public des CIO ? Bientôt, il sera trop tard !

Once upon a time…

Ainsi commençaient les belles histoires et légendes de ce cher « Canard », professeur d’anglais de légende, ancien résistant du réseau du rail, grand connaisseur de l’East end londonien et de toutes les techniques de rabattage des crieurs publics de Hyde Park… Il était une fois donc, le conseil en orientation à la fin du XXème siècle s’appuyait, en France, pour un collégien, sur quelques rencontres fugaces en classe entière, et un ou deux entretiens d’une demi-heure environ. Parfois, on allait voir le conseiller pour un examen psychologique dont le caractère étique était devenu de plus en plus prononcé au fil du temps (en 1980, on disait en CIO : « j’ai réalisé cinq examens psychologiques le mois dernier » ; en 2000, on disait : « j’ai fait passer cinq WISC le mois dernier »). Dans tous les cas, l’information sur laquelle se construisait le conseil relevait de la « galaxie Gutenberg » (1) tout juste revisitée par un usage professionnel quasi exclusivement documentaire de l’Internet.

Tomorrow morning…

Demain est un autre jour… Peut-on raisonnablement croire que l’outil Internet se limiterait à un usage monovalent alors qu’il offre de multiples possibilités de démultiplication et d’amplification de l’acte de « tenir conseil »(2) ? Outre le centre de ressources infinies qu’il constitue, l’Internet est aussi un moyen, pour un conseiller, de poursuivre l’accompagnement en écrivant à un consultant, ou, pour le consultant, de poursuivre un cheminement entamé lors d’un entretien individuel par des échanges personnalisés avec un conseiller déjà connu, et ce, sans la contrainte de devoir dégager une demi-heure ou une heure, temps de transport exclu, pour un rendez-vous. C’est encore la possibilité de Foire aux questions, de Forums, de réalisations et projets consultables par tous (ou par quelques-uns, si l’on juge que certaines informations doivent être réservées à certains utilisateurs). C’est en outre la possibilité de différer les réponses aux questions posées, et la possibilité pour le répondant de mettre le questionnant en situation heuristique et conscientisante. Sans omettre, bien sûr, l’invite à se rendre à un rendez-vous en présentiel, qui ne manquera pas de rester le moment-lieu irremplaçable du conseil.

And the winner is…

A quels adolescents et jeunes adultes férus de téléphonie mobile, accros des transferts et mutualisations de fichiers musicaux ou vidéo, adeptes du clavardage individuel ou collectif (ou « chat forums », pour les anglicistes résistants), fera-t-on croire que l’Internet en CIO n’aurait comme seule potentialité, comme unique usage pertinent que la mise à disposition, à toute heure et en tout lieu connecté, sous voie informatisée, des anciennes ressources « papier » ? Le temps est venu de ne pas perdre contact avec les nouvelles générations, et donc avec leurs nouvelles formes d’accès aux produits culturels et aux sources d’information (3). Avant qu’il ne soit trop tard.

A ce jeu ouvert et confiant sur l’avenir de nouvelles pratiques, les jeunes y gagneront, les conseillers aussi.

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(1) Selon l’expression de George MAC LUHAN dans son ouvrage paru en 1962.

(2) LHOTELLIER A. (2001), Tenir conseil, délibérer pour agir, Editions Seli Arslan

(3) HERSENT J.F. (2004), Culture des adolescents, rupture et continuité, conférence, IUFM Rouen. PASQUIER D. (2005), Cultures lycéennes, les modes d’accès des jeunes à la culture échappent aux adultes, éditions Autrement.