Le Synami (CFDT) a ouvert, début décembre, un blog « Innover pour l’insertion, un nouvel élan pour les missions locales. » L’objet de ce blog : permettre l’expression des salariés des missions locales et rendre compte de l’avancement des travaux. Serge Papp, le coordonnateur du projet, m’a confirmé que cette initiative était une « initiative totalement indépendante par rapport au CNML et à l’UNML… le support de cette recherche action est la libre parole des salariés des structures. » En juin 2007, un colloque fera la synthèse et la publication du rapport est prévue en septembre 2007.

Il m’est totalement impossible de synthétiser autant d’interventions mais certaines répétitions interpellent l’attention du lecteur.

Ces professionnels parlent de la dévaluation de leur métier. Ils regrettent de ne plus avoir le temps de réfléchir sur leurs pratiques professionnelles, de rechercher de l’information pour la mutualiser en interne au sein de leurs équipes et en externe auprès des partenaires. Ils se plaignent de ne plus pouvoir faire un travail d’écoute et d’orientation. Ils regrettent d’être dans une logique quantitative. Ils constatent un accroissement du temps passé à la saisie (Parcours3, AGESPRO) et à l’administratif au détriment du temps passé avec le jeune.

Ils se sentent instrumentalisés. Les affirmations sont brutales mais permettent de penser à une réelle souffrance des professionnels de l’insertion : « on passe plus de temps à justifier ce qu’on veut faire qu’à faire ce que l’on dit. », « les missions locales sont de plus en plus des administrations », « les missions locales sont de plus en plus cloisonnées (thème, dispositifs, programmes) », « Nous devenons de plus en plus des exécutants (de moins en moins des acteurs) ».

Ils se plaignent de la place prépondérante prise par la recherche de financement pour asseoir la structure, et de l’insécurité des salariés. Beaucoup se plaignent d’être évalués sur le seul volet de l’emploi et demandent le retour au concept « d’accompagnement global. »

Ils parlent aussi de la nécessité d’une meilleure communication interne et externe (logo commun, outils communs). L’augmentation des effectifs des missions locales a été brutale et a conduit à des modifications considérables des organisations de travail et de management. Ils constatent un déficit de mise en synergie, d’échange d’expériences entre les ML.

Ils regrettent la diminution des partenariats et vont jusqu’à affirmer que c’est un des échecs du réseau. Certains cependant se félicitent du recrutement de personnels à cursus et expériences différents ». Enfin, ils se plaignent de ne pouvoir consacrer suffisamment de temps à l’innovation.

Ce qui est très étonnant, après la lecture des billets de ce blog, c’est qu’on a un sentiment de « déjà vu ». Un grand nombre des interrogations posées ici sont aussi le quotidien des professionnels de ce qu’à une époque, on appelait les structures de l’AIO (Accueil, Accompagnement, Information, Orientation). Même si les métiers sont différents, les professionnels de ces réseaux ont des difficultés pour le moins, comparables. j’ai le sentiment que le malaise dont on parle ici est en train de se généraliser. A suivre...