La peur ne justifie pas tout
Par Christian BENSI le samedi 28 avril 2007, 18:08 - Actualité - Lien permanent
Tout a commencé par un article du Monde cette semaine. D’après le journal, un décret d’application de la loi sur la confiance de l’économie numérique du 21 juin 2004 serait en préparation.
Je ne peux faire ici le tour des différentes contributions. Une simple requête sur Internet vous éclairera.
Voici tout de même pour illustrer les liens vers trois articles : Ecrans.fr, De source sûre et Iris.
Il est utile de rappeler la directive 2006/24/CE du Parlement européen et du Conseil du 15 mars 2006 sur la conservation des données.
Citons enfin un extrait de l’article du Monde, cité plus haut, qui parle du contenu du décret :
« En substance, devraient être conservés les mots de passe, "pseudos", codes d'accès confidentiels et autres identifiants, numéros de carte bancaire, détails de paiement, numéros de téléphone, adresses e-mail, adresses postales, le numéro de l'ordinateur ou du téléphone utilisé, le moyen d'accès à un réseau, les date et heure d'appel, de connexion et de chacune de leurs consultations ou contributions sur un site Internet... »
Le texte prévoit de conserver la trace de toutes les contributions sur le net et ce même dans le cas où elles auraient été retirées par la suite.
Permettez-moi une question : Peut-on croire franchement que les délinquants et autres terroristes continueront longtemps à utiliser téléphonie et web, du moins de façon non cryptée, pour communiquer, si ce décret est publié et appliqué ?
A l’inverse, un gouvernement souhaitant imposer une dictature disposerait là d’un outil redoutable pour contrôler toute opposition ! Est-ce souhaitable dans une démocratie ?

Commentaires
Oui, si ce décret est appliqué, il constituera un véritable recul démocratique dans la droite lignée du
USA PATRIOT Act (qui signifie Uniting and Strengthening America by Providing Appropriate Tools Required to Intercept and Obstruct Terrorism Act ou en français Loi pour unir et renforcer l'Amérique en fournissant les outils appropriés pour déceler et contrer le terrorisme).
C'est une dérive sécuritaire que bon nombre de bibliothèques américaines refusent d'appliquer.
En France, un pays dont l'histoire récente a enregistré un zèle administratif hors pair, c'est inquiétant surtout, quand l'eugénisme s'invite sans vergogne et sans retenu dans le débat politique.
Rappelons, toutefois, que si la Loi sur la liberté de la Presse du 29 juillet 1881donnait un cadre légal à la presse, elle exhortait à une certaine forme de responsabilité.
Le présent projet de décret vise à renforcer ce dernier point. Agoravox vient de s'y soumettre entre les deux tours de l'élection présidentielle.
Désormais, tout personne souhaitant contribuer ou commenter doit s'enregistrer avec une adresse valide. On comprend que certaines opinions ne pourront plus s'y exprimer (anti-sémitisme, créationnisme, révisionnismes, etc.) sans risquer d'être l'objet de poursuites pénales.
Ce projet vise aussi, me semble-t-il, à confier la production d'information aux professionnels seuls, ce qui va à l'encontre de la relation du citoyen à l'Internet (cf La révolte du pronétariat de Joël de Rosnay).
Il faut aussi reconnaître qu'en France nous vivons sous un régime de liberté contrôlée visant à garantir le bien-être de tous. La liberté d'expression n'est pas régie par un "5è amendement" fort laxiste.
Erratum ou Lapsus révélateur ?
Aux Etats-Unis, c'est le premier amendement de la Constitution qui garantit la liberté d'expression et non le cinquième.
Le cinquième amendement garantit le droit pour chaque citoyen à un jugement équitable.
Amendement remis en cause par les Patriot Act I et II.
Désolé pour cet amalgame.
Un système comme celui d'Agoravox ne me gêne pas. J'écris sous mon vrai nom. Vous aussi, semble-t-il ! Cela ne me gène pas que certaines opinions ne puissent pas s'exprimer quand il s'agit d'antisémitisme, de révisionnisme, de délinquance sexuelle ou autres. Puisqu'il s'agit de délits.
Ce qui me gêne, c'est qu'on puisse un jour rassembler toutes les informations sur un individu pour limiter sa liberté d'expression et ce même dans le cas où il le ferait avec la plus grande honnêteté.
Affirmer son désaccord pourrait devenir un délit ! Je pense que cette "liberté de contredire" est fondamentale parce qu'elle aiguise l'esprit critique du citoyen et lui apprend à nuancer. J'en ai un peu assez de ceux qui disent "Y a Ka".
Sur le web, il faut défendre ses idées, argumenter, c'est cet esprit qu'il faut garder pour faire des citoyens responsables.
Bonjour,
J'étais partais pour ajouter un commentaire surce blog mais quand j’ai vu le pavé que j’étais en train de pondre, j’ai préféré d’en faire une note.