L’usage des fils RSS va-t-il tuer nos sites Internet ?
Par Christian BENSI le vendredi 15 juin 2007, 09:07 - Apports et réflexions - Lien permanent
Je ne reprendrais pas ici l’explication de ce qu’est un fil (un flux) RSS. Je ne peux que vous renvoyer vers une note précédente.
On voit de plus en plus ces fils apparaître sur les sites d’information. On peut les lire dans des lecteurs de fils ou dans des sites ou blogs qui ont trouvé ce moyen pour mettre à disposition une compilation d’informations.
Ces fils RSS, pourtant indispensables aujourd’hui, pourraient demain mettre les producteurs d'information en danger.
Une des questions les plus souvent soulevées est de savoir si l’on doit publier l’information complète par le biais du fil ou seulement une partie pour obliger le lecteur à se connecter sur le site, auteur de l’info. Cette publication partielle a été choisie pour les newsletters. Seules les premières lignes sont imprimées pour donner l’envie au lecteur de se connecter sur le site auteur, pour lire la suite. La plupart des newsletters aujourd’hui sont d’ailleurs faites à base de fils RSS.
Si le fils RSS est intégralement publié, le lecteur oublie l’existence du site auteur et finit par ne plus s’y connecter. Si le fil est partiellement publié, c’est une vraie corvée pour le lecteur de se connecter à chaque fois qu’une information l'intéresse.
Une troisième voie a vu le jour dernièrement : l’affichage du site directement dans la fenêtre du lecteur RSS. L’ergonomie du site, sa charte graphique, la publicité sont visibles. Que des avantages ! Pas tout à fait, car l’affichage est plus long : l’application de lecteur de fils doit se connecter à chaque fois au site concerné au lieu de simplement afficher le texte, qu’il a stocké.
Même si cette façon d’afficher les fils est une excellente idée, elle ne résout rien. Demain, l'internaute affichera ses fils au sein de pages Internet thématiques, permettant de lire l’information comme dans un journal. L’origine de l’information sera de moins en moins visible pour le lecteur.
Il faut donc réfléchir d’urgence au fil RSS comme un produit à part entière et pas seulement comme un système d’affichage. Il faut garder un modèle économique à ceux qui ont besoin de faire de la publicité pour financer leur service. Il faut trouver un moyen d’identifier le flux et ne pas en laisser l’initiative au seul développeur des lecteurs de fils ou à l'auteur de pages personnalisables.
L’affichage de publicité ou de logos publics sur les sites n’aura bientôt plus d’intérêt, il est donc urgent de réfléchir avant que les financeurs publics ou privés n’en tirent les conséquences.
Et vous, voyez-vous une solution ?

Commentaires
La création d'un fil rss est a priori volontaire... La mise à disposition pour d'autres sites également... Je ne vois donc pas en quoi l'auteur ne maîtrise pas la destination de son contenu...
Il est vrai que ce système est très opaque sur Internet (notamment la troisième voie), que cela pose la question du financement du créateur d'information, du rédacteur, de l'auteur... Vous parlez de conséquences ? lesquelles ? vos craintes ?... pour envisager des solutions avec la même grille de lecture
Je craints exactement ce que vous signalez sur la deuxième partie de votre commentaire.
A force de considérer que la recherche et la mise à disposition d'information est gratuite, on risque de ne plus pouvoir informer en prenant le temps de vérifier l'info, faute de "rémunération suffisante". Toutes les manipulations deviennent alors possibles.
Il est essentiel de réfléchir à ces nouveaux formats. Je pense objectivement, bien que n'étant pas un expert, que des solutions techniques peuvent être trouvées.
Nous savons très bien que l'utilisation d'Internet pour s'informer est très particulière... Les internautes picorent les informations à droite et à gauche pour reconstruire une information très personnalisée.
A mon avis, le fait de ne pas savoir d'où vient l'information n'est pas spécifique aux fils rss et à l'exploitation de ces derniers parfois sans aucun respect (et je ne parle même pas d'argent) pour son auteur...
Tout en réaffirmant que "c'est un faux problème" puisque l'auteur en accepte le principe, je pense cependant que la solution passe encore une fois par la ré-appropriation des outils par les professionnels de l'information.
Les usages constatés sont dus au fait que le web est "adolescent" et que sa forme ainsi que son utilisation se construit par l'utilisateur dominant...(Ouffff !!! c'est tribal hé hé)...
Alors la solution, c'est de mon point de vue, de s'approprier l'outil, d'inscrire ces technologies dans nos pratiques et dans nos dossiers, de faire financer l'information avec pour argument que les professionnels apportent de la valeur ajoutée à la technologie.
La solution est technique dans le sens ou nous devons respecter une certaine éthique à notre porte pour "marquer nos différences"... En citant nos sources, en ne sélectionnant que ce que nous avons lu, en garantissant un "label qualité"...
A vrai dire que ce soit les fils rss ou autres, il faut, un moment, un instant que l'utilisateur en consultant une donnée diffusée par un professionnel de l'information se dise : "Je sais que c'est de la qualité, je le vois..."
Et après tout votre question sur les fils RSS ne fait que ré-émerger fortement l'éternelle question du financement public de nos activités... Sauf que les technologies de l'information sont tellement compliqués pour nos financeurs qu'ils n'y voient qu'un argument pour nous dire : "l'information avec Internet est partout, vous ne servez plus à rien...". Il faut donc expliquer encore plus, car il est plus que jamais important de faire comprendre que nous ne sommes pas que de simples assembleurs de données mais que s'informer correctement c'est avoir eu l'occasion "d'apprendre" à s'informer... L'éducation à l'information, le discernement, le libre arbitre, la qualification de ce que nous lisons... Voilà ce que nous faisons. Et les fils RSS, de mon point de vue, ne font que renforçer l'évidence et l'intérêt de nos métiers.
Tout à fait.