30 % des étudiants ont utilisé Internet pour s’orienter
Par Christian BENSI le dimanche 1 juillet 2007, 23:08 - Etudes - Lien permanent
Le ministère de l’Education nationale fait réaliser régulièrement une enquête auprès des nouveaux bacheliers.
L’étude, réalisée fin 2006, aborde de nombreux aspects. J’ai choisi de vous présenter la façon dont ces jeunes se sont informés pour choisir leur orientation.
51 % des jeunes titulaires d’un baccalauréat d’enseignement général et 40 % des titulaires d’un bac technologique ont déclaré avoir trouvé de l’information par le biais de leur établissement scolaire : séances d’information, CDI, permanence des conseillers, professeurs principaux.
La place prise par Internet dans l’information sur l’orientation a triplé depuis 2002 : 30 % en moyenne au lieu de 10 %. Cela se fait aux dépens des Centres d’Information et d’Orientation (CIO) et du Réseau Information Jeunesse. Ces structures ne sont plus citées que par 20 % des étudiants.
10 % des jeunes citent les salons ou forums spécialisés, 3 à 6 % seulement les publications spécialisées. 36 % des étudiants affirment avoir pris seuls leur décision d’orientation alors que ce choix ne leur était pas proposé dans l’enquête.
73 % des jeunes s’estiment plutôt ou tout à fait satisfaits de l’information trouvée alors qu’ils n’étaient que 59 % dans ce cas en 2002. Ils sont plus nombreux qu’en 2002 à avoir recherché les débouchés professionnels de leur filière (78 % au lieu de 73 %).
Pour rappel, un regard particulier serait à porter sur les bacheliers technologiques. Un tiers d’entre eux, quelques semaines après leur rentrée universitaire, envisageait déjà une nouvelle orientation.
L’enquête de 2006 a eu lieu entre le 6 et le 17 novembre 2006 dans 38 universités. Elle a porté sur un échantillon de 1 498 étudiants, sélectionnés par la méthode des quotas (sexe, type de baccalauréat, âge, spécialité de licence). L’enquête s’est appuyée sur des entretiens en face à face.

Commentaires
Etant moi-même COP au Havre, je peux témoigner du fait que de plus en plus de gens viennent au CIO en étant déjà allés "à la pêche aux infos" sur d'autres supports avant, notamment informatiques.
Je crois que les services sont placés devant cette question fondamentale depuis quelques années déjà. Mais nous n'avons pas forcément de quoi être inquiets. Bien souvent, si les gens nous sollicitent dans ce contexte, c'est qu'ils sont noyés par l'info qu'ils ont trouvée. Egalement, ils sont souvent en prise à des infos contradictoires, et notre rôle est alors de les aider à démêler cet écheveau parfois bien complexe pour des non-initiés.
En conclusion, je pense que l'arrivée du multimedia dans le champ de l'info doit nous pousser à nous interroger sur le rôle que nous tenons, pas vraiment à savoir si nous en avons un.
Merci, M. Bensi, pour votre blog qui s'essaie à l'objectivité dans un domaine habituellement secoué par les passions, et les affrontements stériles.
Merci pour votre intervention que je partage totalement.
Merci aussi pour votre compliment qui me touche.
Internet aide plus certainement à s'informer qu'à s'orienter, même si pour certaines catégories de jeunes particulièrement matures, cela peut s'avérer suffisant à se forger une conviction. Si l'étude montre que la place prise par l'internet est en progression, elle montre aussi qu'un jeune sur cinq n'est pas au clair sur son projet au moment d'attaquer les études supérieures (plus selon moi, mais c'est déjà trop). Trop nombreux sont les jeunes à n'aborder la question du choix que dans l'année de terminale, voire parfois, qu'une fois les résultats au BAC connus. Ceux qui vont au CIO le font trop souvent dans l'urgence, en exigeant des conseillers des réponses immédiates, alors qu'une orientation (on le sait) nécessite un certain nombre d'allers et retours et des temps d'information, d'analyse, d'appropriation et d'enquêtes à respecter idéalement.
Ce vers quoi il faut tendre, c'est d'éduquer les jeunes (plus en amont) à l'art de conjuguer la recherche d'informations sur internet, les démarches à effectuer pour soi-même (forums, enquêtes métier) et l'utilisation rationnelle des services de professionnels du conseil (CIO, PIJ, Cité des métiers,...). Ainsi, en responsabilisant le jeune (et ses parents), en les plaçant devant leurs propres responsabilités, on évite aussi la logique du bouc émissaire aux errements vocationnels de certains.
Pour l'anecdote le titre de ma note était au départ "pour s'nformer", l'adresse Internet où est hébergé l'article le montre.
Cependant, j'ai de plus en plus de mal à différencier une information sur les études qui entraîne l'inscription dans un établissement et le terme orientation.
Je ne me fais donc plus violence pour cette distinction.
Une récente lettre de l'INRP apporte un éclairage complémentaire sur ce sujet, où l'on tente d'expliquer les raisons du décrochage pré et post universitaire et les sorties sans diplôme : Dans les deux cas, les premières victimes sont les jeunes issus de milieux défavorisés. Avec l'expérience, on sait le poids des déterminants économiques et sociaux dans le processus d'orientation. Or pour ces jeunes, l'accès aux outils d'information est problématique, les parents sont souvent dépassés et ne sont que rarement en mesure de jouer leur rôle. La classe de troisième est présentée comme un moment clef du processus d'orientation. C'est donc sur ce public et sur ce moment de la vie scolaire que l'action publique doit orienter prioritairement ses moyens et ses efforts, ne serait-ce que pour les économiser ensuite. C'est un coût que la collectivité devrait pouvoir supporter, car ce sont des dépenses "actives" en fait. Augmenter les moyens sporadiquement ne sera jamais suffisant et il faudrait théoriquement mobiliser l'ensemble des forces vives du réseau d'information, (PIJ, BIJ, CIO, MIssions Locales) pour y parvenir. C'est loin d'être gagné.
http://www.inrp.fr/vst/LettreVST/ju...
J'ai annoncé cette lettre de l'INRP dans la colonne de droite du blog (Flash infos généralités) mais je n'en avait pas fait un billet détaillé.
Cette lettre est en effet très intéressante comme toutes les lettres de l'INRP, d'ailleurs.
Faut-il orienter prioritairement ses moyens et ses efforts sur ces publics en difficulté ? Oui car ces publics ont besoin d'une attention particulière. Mais pas seulement ! Je revendique aussi avec force un service public d'information et d'orientation pour tous les citoyens.
Réduire le service public à un service pour les pauvres et les plus en difficultés ne me convient pas. Je souhaite que tous puissent bénéficier d'un service public de qualité. Demain on nous tiendra le même raisonnement sur l'école : l'école publique pour les plus démunis ?
Mais ce n'est sans doute pas cela que tu voulais dire.
On est bien d'accord. Oui, service public pour tous, mais effort particulier pour s'adresser aux plus démunis, en n'oubliant pas que c'est ce public qui l'utilise le moins spontanément.