Le mail compulsif
Par Christian BENSI le mercredi 24 octobre 2007, 07:54 - Apports et réflexions - Lien permanent
Rue89 publiait voilà quelques temps un article consacré au « Zéro E-mail Friday ». Intel propose à 150 de ses ingénieurs, le vendredi, de ne plus communiquer par mail afin d’améliorer la productivité de l’entreprise. Ce jour-là, les employés sont encouragés à se rencontrer ou à se téléphoner. Intel a constaté que cela avait pour effet de diminuer le nombre de mails tout au long de la semaine.
Rue 89 parle aussi de la difficulté de transcrire une idée par écrit et du risque de malentendu que cela peut générer : « A la Stern School of Business de New York University, le professeur Justin Kruger a mené une série d’expériences en laboratoire sur l’envoi et la réception d’e-mails montrant que ce moyen de communication favorise les malentendus. »
Si on n’y prend garde, on peut passer sa journée à répondre à ses messages. Vu sous cet angle, le mail est improductif puisqu’il empêche de se consacrer au travail en cours, surtout si celui-ci nécessite une forte attention.
Combien de temps passons-nous dans une semaine à consulter nos mails et à y répondre ? Beaucoup ! Beaucoup trop.
Pour lutter contre cela, les personnes les plus organisées (ou les plus débordées) ont institué des heures de lecture pour pouvoir se consacrer à leur mission le reste du temps. Et tant pis pour les interlocuteurs qui s’impatientent en multipliant les relances ! Certains collègues n’ouvrent pas tous leurs mails, persuadés de l’inintérêt de la prose qu’elle contient. Le mail n’a plus le caractère exceptionnel qu’il avait au début d’Internet, rien ne justifie donc qu’il ait un traitement prioritaire dans notre quotidien.
Mais ne nous y trompons pas. Ce que propose Intel, ce n’est pas de lutter contre le mail mais d’ajouter un peu de convivialité entre les salariés de son entreprise. Le mail n’est-il pas simplement le reflet d’une vie professionnelle de plus en plus stressante où la bureaucratie nous a envahis ? Petit à petit, nous avons glissé dans la civilisation du « tout écrit » pour justifier en permanence nos actes et nos missions.
Le mail fait perdre du temps mais il est beaucoup plus rapide à rédiger qu’un courrier postal. On dit le mail intrusif mais il l’est bien moins que le téléphone.
Comme souvent, l’outil n’est pas en cause, il cache des problèmes plus profonds. Reste à savoir si nous voulons nous attaquer aux causes !

