A cette époque, une très grande partie de la scolarité est consacrée à faire des lettres avec les fameux pleins et déliés. La partie sportive de l’exercice consiste à doser l’encre. Si vous ne trempez pas suffisamment l’engin dans son encrier, votre plume raye le papier mais n’écrit pas. Si vous prenez trop d’encre vous inondez votre cahier de tâches ou transpercez votre papier. Bien évidemment chaque mouvement brusque occasionne un incident. La manche de la blouse contribue aussi à la difficulté. La gestion de l’encre et de ses incidents occupent le quotidien. Deux autres outils renforcent les malveillances du premier : la gomme qui déchire le papier et le buvard qui tente de gérer l’excès d’encre et macule votre travail.

En 1950, le baron Bich ayant racheté le brevet du stylo-bille lance le Bic crystal. Mais il faudra 15 ans pour que l'Education nationale se décide à autoriser officiellement son utilisation.

Et bien, le croiriez-vous, cet outil rudimentaire, quand il sera retiré des écoles, provoquera bien des regrets. La culture des pleins et des déliés, le mépris du stylo-bille, considéré comme un « objet sans poésie », ont pendant longtemps alimenté les conversations des parents et des enseignants.

Il en est de même aujourd’hui avec les technologies de l’information. L’ignorance de certains mais surtout la peur de ne plus « exister » sont autant de freins à l’adoption des technologies nouvelles. Qu’allaient donc devenir les instituteurs de l’époque si on leur retirait la « gestion des tâches ». A quoi allaient-ils donc consacrer leur temps ainsi libéré ?

Les jeunes d’aujourd’hui, ceux qui sont nés dans la civilisation numérique, commencent déjà à se moquer de ces adultes qui trop souvent utilisent les technologies de l’information avec maladresse.

Certes, de nombreux métiers vont disparaître dans les années qui viennent mais d’autres vont naître. Le gestionnaire de tâches d’encre de mon enfance a laissé place à un enseignant, distributeur de savoirs infinis.

Considérer qu’Internet fera disparaître les métiers de l’information et met nos emplois en danger est pour le moins une théorie simpliste. Internet pose de nouveaux défis au monde éducatif. Refuser cette évolution, c’est renoncer à être présent là où sont les jeunes. Internet est aujourd’hui encore, par bien des aspects, un "désert éducatif". Il est temps d’investir durablement ce nouveau champ d’éducation.

Le temps des gestionnaires de tâches d’encre doit s’achever.