Les Missions locales voient d'un très mauvais œil cette ouverture à la concurrence des opérateurs privés dans ce qu'elles considèrent être leur champ de compétence. Cette situation est d’ailleurs paradoxale puisqu’elles ont connu des difficultés à répondre à l’appel d’offre. En effet, « les lots » sont départementaux alors que les Missions locales ne sont pas structurées de cette façon.
Jean-Jacques Candelier, Député du Nord et Président de la Mission locale du Douaisis a envoyé un courrier à Fadela Amara, Secrétaire d'Etat à la Politique de la ville pour insister sur la gravité d’une décision « qui aura de toute évidence pour effet de fragiliser les Missions locales. »
Le gouvernement n’est manifestement pas prêt à reculer dans cette affaire puisque lundi 21 avril, Fadela Amara réunissait préfets délégués à l'égalité des chances et sous-préfets chargés de mission pour la politique de la ville pour les appeler à une très grande cohésion.
Mais cette logique d’appel d’offres est-elle vraiment une surprise ?
Pendant longtemps les associations définissaient leur projet associatif qu’elles soumettaient aux collectivités locales ou à l’Etat. Les subventions versées avaient pour seul but d’aider les associations. On appelait ces subventions, des subventions de fonctionnement.
A l'inverse, des associations ont été créées dans le seul but d’assurer de nouvelles missions de service public.
Voilà une dizaine d’années, on a vu foisonner les contrats d’objectifs qui avaient pour but de préciser davantage le projet des associations et de quantifier les résultats attendus. Il est aussi devenu coutumier d’intégrer dans ces contrats une part plus ou moins importante des attentes des financeurs.
Puis sont nés les appels à projets. La collectivité ou l’Etat définit avec précision ses attentes et sélectionne les projets qu’elle (qu’il) souhaite retenir. Les appels à projet sont en fait des appels d’offres moins contraignants pour ceux qui y répondent mais aussi et surtout pour ceux qui sélectionnent les projets. Aucune règle n’en définit les contours.
Les associations sont devenues avec le temps de véritables prestataires de services, ce qui explique en partie les difficultés à « recruter » des bénévoles associatifs alors que ces derniers se sentent de plus en plus instrumentalisés. Un nouveau pas est franchi ici avec un appel d’offres proposé par l’Etat, qui s’adresse aussi bien aux opérateurs publics qu’aux opérateurs privés. C’est une véritable aubaine pour le secteur privé, infiniment mieux armé que le secteur associatif pour répondre rapidement et efficacement à un appel d’offre.
Si le gouvernement est allé ici au bout de sa logique, on peut penser que d’autres suivront son exemple. En a-t-on pesé toutes les conséquences ?

Commentaires
Si les projets sont définis par l'État, les subventions de fonctionnement fournis par lui également, et que le travail est assuré par des bénévoles, doit on se plaindre que le privé se place sur les rangs en payant ses salariés ?
Thierry(Question naïve)
Amitiés
Thierry, je n'ai pas compris ce que venaient faire les bénévoles ici.
Je dis qu'en fait les associations sont devenues avec le temps de véritables prestataires de services. A partir de ce moment, il n'est effectivement pas étonnant que l'Etat aille au bout de sa logique en ouvrant tout au secteur privé.
Par contre, quelle qualité de services peut-on en espérer ? Dans un autre domaine, celui des fonctionnaires, on sait bien que cette réflexion est aussi en court.
En poussant à l'extrême, peut-on imaginer demain un appel d'offres concernant les professeurs du lycée de... ou les conseillers d'orientation de tel secteur... Mais tout cela pour le bénéfice de qui ?
Amitiés
Christian Bensije voulais juste dire que si...tiens on prend un exemple :
Thierryune association décide de s'occuper de l'orientation des élèves parce que c'est mal fait. Elle recrute des bénévoles (parents, patrons à la retraite etc.) L'association touche des aides de l'État mais doit s'en tenir à un cahier des charges etc...On n'a plus besoin de Cop => des économies..
Ben je vois pas la différence avec le privé qui recrute des coaches (les mêmes) mais qui les paye. Tu vois ?
Dans ton exemple, dans le premier cas, je vois que l'on fait appel à des bénévoles qui par définition n'y connaisse rien et tu as raison on fait des économies mais les résultats ne sont pas probants.
Dans le deuxième cas, on fait appel à des coachs dont je n'ai jamais bien su quel était le métier et en quoi leur formation était efficace pour l'information-orientation. Là on ne fait pas d'économies.
Dans tes deux cas, on fait n'importe quoi.
Mais dans le cas des missions locales, il ne s'agit ni de bénévoles, ni de coachs, ces conseillers sont des professionnels compétents.
Christian BensiMerci pour tous mes collègues de ML-PAIO qui, par les temps qui courent, ont bien besoin d'être rassurés sur leurs compétences...
JLLa situation devient générale. De plus en plus, les professionnels sont mis en difficulté et se demandent ce qu'on attend d'eux et en quoi ils ont "failli".
Alors qu'ils auraient besoin d'encouragements, on les démobilise. C'est totalement contre-productif.
Christian BensiTu sais bien que je n'ai rien contre les personnels des ML-PAIO, mais je reprenais juste ton texte "Les associations sont devenues avec le temps de véritables prestataires de services, ce qui explique en partie les difficultés à « recruter » des bénévoles associatifs alors que ces derniers se sentent de plus en plus instrumentalisés.". Tu vois qu'on peut conclure comme je l'ai fait sous forme de boutade...
ThierryD'accord, il y a eu confusion. Je ne parlais pas de bénévoles pour faire le boulot mais de bénévoles pour diriger l'association (Président essentiellement). On a de plus en plus de mal à en trouver. Du coup je ne comprenais rien à ce que tu racontais.
Et bien évidemment je sais que tu n'a rien contre les personnels des ML-PAIO.
Comme quoi les mots !!!!!
Christian Bensi