Ecrire pour être lu !
Par Christian BENSI le jeudi 15 mai 2008, 00:19 - Apports et réflexions - Lien permanent
La dernière étude de Jakob Nielsen affirme que l’internaute ne lit pas l’intégralité d’un texte mais se contente de le parcourir.
L’étude est très précise. Les internautes liraient la moitié des informations jusqu’à 111 mots, 20 % du texte d’une page web d’environ 600 mots. Plus le texte est long et plus le score s’effondre, jusqu’à ne lire que 4 % seulement des mots. Qu’on le regrette ou pas, l’internaute privilégie les textes courts.
J’ai lu trois billets de blogueurs concernant cette étude. Le plus petit billet a été rédigé par Francis Pisani, il contient 187 mots. Celui d’Eric Dupin contient 680 mots. Celui de Jean-Marie Le Ray contient 964 mots mais il traite de deux questions voisines dans un même billet.
Mon sentiment : Le billet de Jean-Marie Le Ray m’a paru infiniment long, or il est supérieur à celui d’Eric Dupin de seulement 40 %. Le billet de Francis Pisani contient l’essentiel mais n’a pas retenu mon attention et pourtant il était court ! Trop court ? Je me suis attardé sur celui d’Eric Dupin.
Au-delà de simples calculs arithmétiques, bien d’autres notions interfèrent donc dans l’écriture web.
Tout d’abord et bien évidemment : l’intérêt du sujet aux yeux du lecteur. Sur un texte long, la présence d’un bon titre, d’un chapô explicite sont essentiels. C’est surtout dans les premières lignes que va se décider la lecture approfondie ou le parcours en diagonale du texte. Mais l’usage d’intertitres, de mises en valeur (gras, couleurs, etc.), d’encadrés, encourage aussi la lecture, suscite l’attention du lecteur.
Le volume d’informations disponibles augmente sans arrêt et le lecteur est donc de plus en plus sollicité. Son temps disponible se réduit. Certains rédacteurs se croient obligés de faire long. La valeur d’un écrit ne réside plus dans l’exhaustivité mais dans l’attention qu’il suscite. La lecture sur écran est vraiment très inconfortable, maintenir l’attention est sans doute plus difficile que sur une version papier. De plus, la place disponible est réduite, ce qui contraint la mise en page.
Dans les métiers qui consistent à informer le public, la « littérature » que nous proposons ne provoque pas forcément l’attention. Les contenus que nous délivrons sont à visée pratique et non ludique. Parler santé, prévention ou encore métiers et formations n’est pas forcément ce qu’il y a de plus attrayant.
Il me semble aujourd’hui que nous devons écrire de façon moins linéaire. Pourquoi ne pas imaginer un texte court contenant l’essentiel avec des fenêtres qui s’ouvrent au survol de la souris pour proposer des compléments afin de donner envie au lecteur d’aller plus loin, de compléter ses connaissances. Les nouveaux langages informatiques nous permettent de réaliser cela.
Comment faire court tout en gardant l’indispensable ? Voyez-vous des solutions ?


Commentaires
Je n'avais aucun souvenir des billets d'Eric Dupin et de Francis Pisani bien que lisant en principe ces deux blogs...
Il semble que "Presse-Citron" applique une règle simple:
Que les débuts de paragraphes annoncent en quelques mots une idée essentielle.
Ainsi, en parcourant les débuts de paragraphes - une forme comme une autre de lecture rapide - on a déjà une idée de ce dont le texte parle; et on peut avoir envie de lire l'ensemble du texte.
On s’aperçoit que l’audio ou la vidéo nous impose une linéarité plus contraignante que le texte qu’on peut balayer en moins d’une minute. Et quelques blogueurs réinventent… les recettes classiques de la presse et de l’édition. En se trompant parfois. Ce n’est pas en a joutant des « bidules » (liens hypertextes, fenêtres qui s’ouvrent au survol de la souris…) que la lisibilité sera meilleure. S’il vous plaît, amis blogueurs, faites simple, linéaire mais bien hierarchisé… et court ! Si votre propos est trop long, faites plusieurs billets.
@Philippe. On pense généralement qu'en dehors de la construction du texte (un bon titre, message principal en début de texte), la construction de la phrase a aussi son importance. Elle doit être courte et sa construction doit être la plus simple possible. On peut aussi imaginer l'importance de chaque début de paragraphe pour donner l'envie de lire la suite.
Tu as raison mais c'est assez compliqué à mettre toutes ces règles en oeuvre simultanément.
@ Pera. Absolument d'accord avec toi pour l'audio et la vidéo. C'est infiniment contraignant. Cela marche cependant tant que la durée des supports n'est pas trop importante. Des illustrations de 2 à 3 minutes peuvent être intéressantes si elles sont bien faites. Moins d'accord sur le survol de souris. On ne peut pas affirmer que cela n'est pas une bonne idée tant qu'on n'a pas testé sur le comportement du public.
Bonjour,
Je rebondis sur cette notion de fenêtre-bulle qui s'ouvre au survol de la souris sur des mots spécifiques. Pour en avoir testé et programmé moi-même, je préciserai qu'il faut absolument éviter d'en faire trop, sous peine de lourdeur. Si trop de mots réagissent, ça rend la lecture pénible. Il faut là aussi faire court.
Cela dit, cette notion de complément d'information à partir d'un mot, d'une phrase, d'une image,... ça entre dans la catégorie des hypertextes. Il y a des langages autour de cette notions de l'hypertexte qui ont été développés, notamment le plus célèbre d'entre eux, un certain "HTML"...
Ces dernières années, ce "HTML" s'est considérablement enrichi, au point de le faire passer du status de simple langage de présentation, au status de langage de programmation. Ce "HTML" là, c'est du html "xmlisé", du javascript "DOMitisé", de la technique "Ajax", ...
Globalement d'accord avec ce que tu écris
Généralités...
Comment faire court en gardant l'indispensable ?
Franchement - Et sans vouloir être désobligeant - Je pense qu'il y a des lieux et des moments... des contextes et des environnements... des objectifs et des cibles...
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En fonction de l'ensemble de ces paramètres, les contraintes vont changer... l'écriture va changer !
Il y a effectivement sur Internet une approche différente liée au support, au média lui même. Mais ce n'est pas suffisant !
L'abondance des contenus et fortement lié à l'évolution des technologies. La production devient plus aisée pour tous !
Les technologies que vous citez (Ajax, DHTML, XML), permettent parfois des améliorations mais sont rarement utilisées correctement et souvent abondamment et par effet de mode (souvenez des Gifs animés qui attirent l'oeil du lecteur, vous retrouverez une littérature abondante à ce sujet qui tombe dans les mêmes panneaux).
Enfin, pour ce qui est des formats d'échange encore faut-il savoir ce que nous souhaitons échanger !
Paradoxalement cette abondance de supports ne répond pas au fond qui est peut être suggéré : "Comment faire écrire ?" - "Comment écrire et comment apprendre à écrire sur différents supports"... Cette éducation à l'usage est le véritable enjeu !
L'apport massif de technologie est une illusion, voir pour certains, une exclusion...
Tout à fait d'accord avec Pera, et content de voir que Nielsen est cité. Bien que décrié, sa propension à nous faire distinguer l'essentiel du futile sur le web est sans doute une idée à remettre dans les esprits...
Enfin, je cite :
"Dans les métiers qui consistent à informer le public, la « littérature » que nous proposons ne provoque pas forcément l’attention. Les contenus que nous délivrons sont à visée pratique et non ludique. Parler santé, prévention ou encore métiers et formations n’est pas forcément ce qu’il y a de plus attrayant."
Il convient de transformer les données pour un faire un message plsu pertinent. Parfois, nous nous risquons à emprunter ce qu'il y'a de bon dans le marketing, la communication... Peut être faudrait il accentuer ce mouvement !
@magostanger Tout à fait d'accord sur le fait qu'il ne faut pas faire trop de fenêtres. Certaines d'entre elles encombrent l'écran et gênent la lecture du texte principal. Effectivement, là encore il faut faire court (c'est à dire peu et efficace) sans oublier quelques bons tests utilisateurs au préalable pour valider le principe.
@philippe Tout à fait d'accord avec ton analyse et surtout sur le "apprendre à comment écrire". Les usages, bien plus que les technologies sont en effet l'enjeu.