Informer dans un monde virtuel : des pistes de réflexion
Par Christian BENSI le vendredi 27 juin 2008, 00:23 - Mondes virtuels - Lien permanent
Les mondes 3D représentent un vrai potentiel pour les professionnels qui travaillent avec des jeunes. Je vais parler ici de Second Life parce que c’est sans doute aujourd’hui un des mondes qui préfigurent le mieux ce que pourrait être le futur des mondes virtuels. De nombreuses initiatives y sont prises tous les jours et un grand nombre d’institutions s’y intéressent. La folie de début 2007 où Second Life faisait la une de la presse est passée. Une gestion plus prudente des opportunités est aujourd’hui de rigueur.
Cet univers ne mérite sans doute pas de lourds investissements financiers mais il est pertinent d’y tenter des expérimentations pour préparer l’avenir.
Inventer des usages de service public dans Second Life nécessite une réflexion préalable, des conseils de ceux qui connaissent cet environnement. Ceux qui tentent de plaquer le réel à l’identique dans SL échouent généralement.
Un monde virtuel permet bien des usages. Un des usages les plus simples est sans doute la réunion de travail avec beaucoup de participants éloignés géographiquement, avec par exemple intervention d’orateurs. La diffusion de diaporama dans Second Life est largement maîtrisée. Rappelons par ailleurs que SL permet d’utiliser la voix et pas seulement le chat texte.
On peut aussi y organiser des salons virtuels. Ces salons sont surtout pertinents s’ils jouent la complémentarité avec une manifestation qui se passe simultanément en RL (real life). Des personnes éloignées géographiquement peuvent participer à la manifestation à moindre frais. Je n’aurai pas l’aplomb de comparer une manifestation en RL avec une manifestation sur SL, mais il m’est arrivé de participer à des expériences sur SL particulièrement bluffantes. Je pense notamment aux initiatives d’Hugobiwan Zolnir, à l’origine de la Bibliothèque francophone, et qui réalise avec quelques uns de ses amis des expériences sur Second Life tout à fait étonnantes.
Inventer des usages de services publics dans un monde virtuel n’est pas chose aisée. Certaines questions méritent d’être posées : Peut-on penser que quelqu’un va se connecter sur Second Life pour obtenir une réponse à ses questions alors qu’il lui suffirait de téléphoner à un organisme pour obtenir l’information ? Oui, si on lui propose des choses différentes, des compléments à ce qu’il peut obtenir dans la vraie vie.
Pour les nouveaux utilisateurs, l’inscription est laborieuse, les premiers pas dans ce monde virtuel sont difficiles. Il faut apprendre à manœuvrer son avatar (ce petit personnage sur l’écran qui représente une partie de vous-même). Apprendre à « marcher droit » ou à monter un escalier n’est pas évident, si voler est assez simple, atterrir peut être complexe mais cette maladresse du débutant est plutôt distrayante. Peut-on faciliter les démarches d’inscription des nouveaux utilisateurs ? Oui, dans un espace public numérique, on peut mettre à disposition une flotte d’avatars, prêts à être pris en main. C’est aussi un moyen pour permettre à des jeunes de se familiariser avec ce monde virtuel avant de faire leur propre inscription.
Pour tous ceux qui souhaiteraient tenter des expériences en matière de service public, sachez qu’un laboratoire a vu le jour, fin 2007. Il s’agit de Métalab 3D. C’est une initiative d’Artesi, un organisme qui a pour mission de promouvoir l’usage des technologies de l’information dans les collectivités locales. Si vous avez l’idée d’une expérience à réaliser en monde virtuel, n’hésitez pas à contacter l’équipe d’Artesi ou moi-même. La mise à disposition du terrain et des équipements dans Second Life est totalement gratuite.
Vous trouverez ci-dessous une vidéo de présentation de Métalab 3 D.
Et un diaporama de présentation de Second Life réalisé par Hugobiwan Zolnir.

Commentaires
La prise en main n'est pas si difficile que ça... Si c'est fait en séance publique, on peut apprendre plus facilement. La personnalisation de l'avatar n'est pas le plus important au départ et il est possible de mettre une panoblie d'objets, de vêtements, au départ, par l'organisme, pour permettre la personnalisation (en plus de renforcé les liens, cela permet aussi d'apprendre en s'amusant, en groupe ;)). Avoir une flotte d'avatars, par contre, ça ne me semble pas forcément une bonne idée. Un avatar n'est pas unne voiture. Un avatar interagit avec le monde autour de lui, il peut avoir des amis. Les autres ont des souvenirs de lui.
Je partage l'opinion de Mascottus. Certes l'interface de Second Life n'est pas la plus simple qui est été inventée mais elle n'est pas non plus rédibitoire, pour preuve les 55 000 connectés journalier. Et personne ne leur as proposé des initiations de groupe :).
On peut effectivement mettre un certain nombre d'objets de personnalisation en accès libre à un endroit donné. Je serais moins tranchée concernant la possibilité d'avoir une flotte d'avatars à la disposition de nos publics. Certes, ces "personnes" vont interagir avec ceux qui les entourent mais, nos "flottes" ne seront pas destinées à être utiliser en permanence pour "jouer" à Second Life. Leur utilisation peut être conditionné à venir apprendre à utiliser l'univers et découvrir nos initiatives en ligne. A charge aux usagers "accrochés" de créer par la suite leur propre personnage.
Toutefois, et cela peut être une difficulté, pour qu'une même adresse IP puisse posséder plusieurs avatars, il lui faut s'être abonnée à un compte prémium chez l'éditeur de Second Life.................... Pensez-vous qu'il accepte les bons d'engagement administratif ? Ou encore, pensez vous vu l'esprit de "non-expérience" qui règne dans certaines collectivités, qu'elles accepteront de budgétiser de telles actions aussi peu couteuses soient elles ?
Et que dire encore des difficultés techniques inhérentes à Second Life, tout d'abord la nécessité de posséder des PC de bonnes qualité pour profiter pleinement de l'environnement, ensuite les mises à jour fréquentes du logiciel qui nécessitent des interventions de maintenances répétées. Pas insurmontable avec 5 machines mais carrément agaçante au delà. Si on part du principe que les animateurs des espaces numériques qui proposeraient ces "initiations" aient "la main" sur l'administration de leur parc informatique.........
Bref, expérimenter dans Second Life, je suis POUR. Faire comprendre aux décideurs qu'il faut qu'il soit POUR aussi, c'est une autre affaire...... Mais je suis d'ores et déjà VOLONTAIRE !! : D
@ Mascottus, je pense vraiment qu'une flotte d'avatar est possible. Il ne s'agit pas d'enregistrer des jeunes dans une "identité prêtée" mais de favoriser un premier contact et de limiter les échecs pour "donner envie".
@ Ramallo, pour l'adresse IP, tu m'étonnes. J'ai créé plusieurs identités à partir de ma machine perso. Je ne dis pas qu'on peut en faire 100 mais deux par machine (une masculine, une féminine par exemple semble possible).
Pour ce qui est des mandats administratifs, Artesi a réussi à le faire mais ils ont consacré du temps pour expliquer leur démarche à Linden Labs. Pas une partie de plaisir - 8 mois- je crois.
Pour "l'ouverture d'esprit" de certaines collectivités et même de certaines associations, je te suis pleinement mais en écrivant ce genre d'article le plus souvent possible on peut faire évoluer certaines mentalités (un peu !)
Enfin reste le problème des droits d'administrateurs sur le matériel. Cette question est importante et ne concerne pas que Second Life. C'est une vraie question. La mauvaise solution, c'est de prendre le salarié pour un personnage dangereux et irresponsable.